Comprendre le Nouvel Ordre Mondial - SYSTEME MONETAIRE - 2

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Les détracteurs de la Fed

« M. le Président, nous avons dans ce pays une des institutions les plus corrompues que le monde ait jamais connu. Je fais référence au Conseil de la Réserve fédérale et aux Banques de la Réserve Fédérale […] (qui) ont ensemble coûtées à ce pays assez d’argent pour payer la dette nationale plusieurs fois. […] Cette mauvaise institution a appauvri et ruiné le peuple des États-Unis […] a pratiquement mis en faillite notre Gouvernement. Elle l’a fait par les défauts de la loi conformément à laquelle elle fonctionne […] et par les pratiques corrompues des vautours argentés qui la contrôlent […] (les Banques de la Réserve Fédérale) sont des monopoles de crédit privés qui font du peuple des États-Unis leur proie pour leur bien et celui de leurs clients étrangers ; spéculateurs et escrocs domestiques et étrangers ; et riches prédateurs bailleurs de fonds. »

Congressiste Louis T. McFadden, discours à la Chambre des Représentants (10 Juin 1932), Congressional Record 12595-12603.

Retranscription plus lisible : ce lien puis choisissez essays/Louis McFadden

Depuis sa création, certains congressistes et sénateurs ont remis en question la  légitimité et la constitutionalité de la Fed, se sont opposés à sa politique monétaire et à son existence même. Parmi eux, le congressiste Charles Lindbergh Sr., père du célèbre aviateur, et le plus fervent détracteur de la Fed, Louis McFadden, président de la Commission Bancaire et Monétaire à la Chambre des Représentants de 1920 à 1931. En 1917, Lindbergh introduit une résolution de destitution (impeachment) contre les dirigeants de la Fed (Harding, Warburg, …) qu’il accuse d’être impliqués dans un « complot pour violer la constitution et les lois des Etats-Unis ». McFadden accusa le Fed d’avoir délibérément causé la Grande Dépression des années 30. En 1932, il fît une diatribe de 25 minutes à la Chambre des Représentants. Il y dressait le portrait d’une institution servant les intérêts d’un cartel de banquiers internationaux, finançant l’Allemagne comme l’URSS et œuvrant à l’établissement « d’un super-état international contrôlé par les banquiers et industriels internationaux actant ensemble à l’asservissement du monde pour leur propre plaisir ». Il introduisît une résolution de destitution du secrétaire au Trésor et de tous les dirigeants de la Fed en 1933. McFadden a subit deux tentatives de meurtre. Il mourut des suites d’un empoisonnement en 1936.

Charles Lindbergh père & fils

« […] les banquiers monopolisent l’argent et le crédit de ce pays et l’utilisent pour convenir à leurs propres intérêts égoïstes […] chaque fois que les intérêts alliés au ‘Money Trust’ veulent emprunter on leur accorde la préférence sur les simples gens qui veulent emprunter […] de tels exemples sont illustrés par les prêts étrangers qui sont faits et le refus des banques de fournir le crédit et les taux raisonnables aux simples emprunteurs de ce pays. »

Congressiste Charles A. Lindbergh, s’adressant à la Chambre des Représentants (20 Janvier 1915), Congressional record 1978-1997

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« Tous les efforts ont été faits par le Conseil de la Réserve Fédérale pour dissimuler son pouvoir mais la vérité est que le Conseil de la Réserve Fédérale a usurpé le Gouvernement des États-Unis. Il contrôle tout ici et il contrôle toutes nos relations avec l’étranger. Il fait et défait les gouvernements à volonté. Aucun homme et aucun organisme n’est plus profondément enraciné au pouvoir que l’arrogant monopole du crédit qui fait fonctionner le Conseil de la Réserve Fédérale et les Banques de Réserve fédérale. »

 

« Les banques de la Réserve Fédérale sont les agents des banques centrales étrangères. »

Congressiste Louis T. McFadden, discours à la Chambre des Représentants (10 Juin 1932), Congressional Record 12595-12603Retranscription plus lisible : ce lien puis choisissez essays/Louis McFadden

Barry Goldwater

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« La plupart des Américains n’ont aucune réelle compréhension des opérations des bailleurs de fonds internationaux [...] Les comptes du Système de la Réserve Fédérale n’ont jamais été audités. Il fonctionne en dehors du contrôle du Congrès et [...] manipule le crédit des États-Unis. »

Sénateur Barry Goldwater, « With No Apologies » (1979)

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Ron Paul

 

Aujourd’hui, un certains nombres de membres du Congrès sont préoccupés par l’énorme pouvoir que possède la Réserve Fédérale et le secret dans lequel elle opère. Le congressiste texan Ron Paul, constitutionaliste et grand partisan des thèses de l’Ecole autrichienne d’économie, est le plus fervent détracteur de la Fed au Congrès des Etats-Unis. Il tente d’introduire une loi permettant un audit complet de celle-ci. Chaque fois qu’il le peut, il confronte la politique et les responsables de la Fed au cours des auditions au Congrès. Elu pour la première fois à la Chambre des Représentants en 1976, il siège notamment à la commission des finances. Il est aujourd’hui très populaire. Il est membre du parti Républicain  et fût candidat du parti libertarien à la présidence en 1988. Il dénonce clairement l’impérialisme, les guerres d’agression illégales et concept de guerre préventive, le Patriot Act et les pertes de liberté, le plan de renflouement des banques de plusieurs trillions, les campagnes de peur autour de la menace terroriste et du virus H1N1… Il a toujours milité en faveur du respect de la Constitution dans « l’esprit des pères fondateurs », notamment par rapport à l’équilibre des pouvoirs et au rôle théoriquement prédominant du Congrès, source du pouvoir, sur la branche exécutive. Il est favorable à un Etat fédéral aux pouvoirs et à la taille restreints, au non interventionnisme. Il prône l’abolition de la Fed et un retour à la monnaie sonnante et trébuchante (« sound money »), étalonnée sur l’or ou l’argent. Il s’est aussi déclaré favorable au démantèlement de la CIA. Son dernier livre s’intitule « End The Fed »

 

Brève histoire des banques centrales aux Etats-Unis

L’opposition de Jefferson et le combat de Jackson

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Thomas Jefferson

« [La] banque des États-Unis est une des plus mortelles hostilités existantes, contre les principes et la forme de notre Constitution. »

Thomas Jefferson, Père fondateur et 3e président des Etats-Unis, Lettre à Albert Gallatin (1803), ME 10:437

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Au cours de l’histoire américaine, trois tentatives d’établir une banque centrale privée ont abouties (Bank of North America, 1781-85 – First Bank of the United States, 1791 ; Second Bank of the United States, 1816), mais leurs chartes de 20 ans (pour les deux dernières) n’ont pas étés renouvelées. Thomas Jefferson était fortement opposé à la création de la First Bank of the United States. La fermeture de la Second Bank of the United States, qu’il désignait comme « l’hydre de la corruption » fût l’un des principaux objectifs de la présidence d’Andrew Jackson (1829-1837), sur lequel il fit campagne. Pour sa réélection le slogan était « Jackson et pas de banque ». Jackson fût le seul président à ramener le montant de la dette publique (fédérale) à un niveau proche de zéro. Il fût aussi le premier président américain en fonction à subir une tentative de meurtre. Ce fût devant le Capitole en Janvier 1935. Heureusement pour lui les deux pistolets n’ont pas fonctionnés ! Il aurait déclaré peut avant sa mort, lorsqu’on lui demanda ce qu’il avait accomplit de mieux au cours de sa présidence, « j’ai tué la banque » ; révélant l’importance que Jackson accordait à tenir le pouvoir monétaire en dehors des mains des banquiers.

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« Je crois sincèrement, comme vous, que les institutions bancaires sont plus dangereuses que des armées aux garde-à-vous »

Thomas Jefferson, Lettre à John Taylor (28 Mai 1816)

 

« La ‘mania’ bancaire … élève une aristocratie argentée dans notre pays qui a déjà mis le gouvernement au défit »

Thomas Jefferson, Lettre à  Josephus B. Stuart (10 Mai 1817)

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Andrew Jackson

 

« Il est allégué par certains que la banque est le moyen d’exécuter le pouvoir constitutionnel de « frapper la monnaie et réguler sa valeur. » Le Congrès a établi un hôtel des monnaies pour frapper la monnaie et a passé des lois pour régler sa valeur. La monnaie ainsi frappée, avec sa valeur ainsi réglée, et certaines pièces de monnaie étrangères que le Congrès peut utiliser sont les seules devises connues de la Constitution. Mais s’il a d’autres pouvoirs de réguler la monnaie, il a été conféré pour être exercé par lui-même, et non pas être transféré à une société. Si la banque a été établie dans ce but, […] le Congrès s’est séparé de son pouvoir pour un certain nombre d’années, pendant lesquelles la Constitution est une lettre morte. Il n’est ni nécessaire, ni approprié de transférer son pouvoir législatif à une telle banque, et donc inconstitutionnel. »

Président Andrew Jackson, 7e Président des Etats-Unis, message au Sénat (10 Juillet 1832), relatif à son Veto sur le renouvellement (avancé) de la charte de la Second Bank of the United States (qui expira en 1836).

 

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Andrew Jackson, a confié à Martin Van Buren lors d’une conversation en Juillet 1832 : « La banque, Monsieur Van Buren, essaye de me tuer, mais je la tuerai ! ». Il faisait référence à la Second Bank of The United States.

« The Annual Report of American Historical Association for the Year 1918, vol. II : The Autobiography of Martin Van Buren » (1920), ch.XLIII, p.625

Martin Van Buren fût le vice-président du 2e mandat de Jackson, et le 8e président des Etats-Unis.

Le président Andrew Jackson, s’adressant à une délégation de New York en 1834 :

« Je vous dis que je ne reconstituerai jamais les dépôts. Je ne renouvellerai jamais la charte de la Banque des États-Unis. [....] Voilà que je reçois une ou deux lettres anonymes chaque jour me menaçant d’assassinat. »

« American Lion : Jackson in the White House», Jon Meacham (2008), ch.23, p.272

Source référencée : « The Life of Andrew Jackson », Marquis James (1938), p. 661 [prix Pulitzer]

 

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En raison du combat de Jackson, et de la méfiance des Américains envers la centralisation bancaire, les banquiers mettront près de 80 ans à mettre en place une banque centrale aux Etats-Unis. Ils éviteront soigneusement la dénomination de banque centrale et préfèreront celle moins explicite de « système de réserve fédérale ».

La créature de l’île Jekyll

Conception du Système de Réserve Fédérale

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« Il y a un dieu artificiel qui contrôle le système social et industriel qui nous dirige. Nous le connaissons comme le ‘Money Trust’. Il est offensé si on le voit ou l’appelle par son vrai nom, il s’est opposé à une enquête sur ses sources. »

 

Congressiste Charles A. Lindbergh, « Banking and Currency and the Money Trust » (1913), ch.2

 

« Je montrerai que depuis le début, de 1906 à aujourd’hui, les forces du ‘Money Trust’ ont adroitement géré la campagne pour le montage de cette loi sur la Réserve Fédérale et sa mise en opération, et il apparaîtra que le Président choisi pour les membres du Conseil de la Réserve Fédérale a été formé dans le système du « Money Trust » et qu’une majorité d’entre eux sont les élèves de ce système. »

Congressiste Charles A. Lindbergh, s’adressant à la Chambre des Représentants (20 Janvier 1915), Congressional record 1978-1997

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Le Jekyll Island Club au début du XXe siècle

La création du Système de Réserve Fédérale est le résultat d’une réunion ultra-secrète à l’époque. Elle eût lieu sur l’île Jekyll, sur la côte de l’Etat de Géorgie, en Novembre 1910 entre les représentants du « Money Trust ». Le Money Trust était le terme employé à l’époque pour désigner le cartel des gros banquiers de Wall-Street. Etaient présents le sénateur Nelson W. Aldrich (associé chez J.P. Morgan & Co.), Henry P. Davison (associé principal chez J.P. Morgan & Co.), Frank A. Vanderlip (président de The National City Bank of New-York –contrôlée par Rockefeller), Paul M. Warburg (associé chez Kuhn, Loeb & Co.), Charles D. Norton (président de The First National Bank of New-York –dominée par Morgan), Benjamin Strong Jr. (vice-président de la Bankers Trust Company –Morgan), Abraham P. Andrews (assistant du secrétaire au Trésor). Les participants à cette réunion tenaient tellement au secret qu’ils ont voyagés sous des pseudonymes et se sont faits passés pour des chasseurs de canards vis-à-vis du personnel du club de l’île. Cette histoire sera révélée au grand public dans la presse bien des années plus tard, par de multiples sources. Le premier journaliste à publier cette histoire fût Bertie Charles Forbes, le célèbre fondateur du magazine qui porte son nom. En 1916, il écrivit :

« L’image d’un groupe des plus grands banquiers du pays quittant New York dans l’obscurité à bord d’une voiture de train privée, filant furtivement à des centaines de miles au Sud, embarquant dans une mystérieuse chaloupe, se glissant sur une île désertée par tous sauf quelques serviteurs, vivant là une semaine complète dans un tel secret que les noms d’aucun d’entre eux ne furent mentionné une fois de peur que les serviteurs n’apprennent leurs identités et ne divulguent au monde cette expédition, la plus étrange, la plus secrète de l’histoire de finance américaine. Je ne romance pas ; je donne au monde, pour la première fois, la réelle histoire racontant comment le célèbre rapport Aldrich sur la monnaie, la fondation de notre nouveau système monétaire, fût écrit. [...] Le plus grand secret fût respecté par tous. Le public ne doit pas glaner une allusion de ce qui a été fait. Le sénateur Aldrich a notifié chacun de rejoindre discrètement une voiture privée que la compagnie de chemin de fer avait reçut pour ordre de placer sur une plate-forme peu fréquentée. [...] Les omniprésents journalistes de New York on été déjoués… Nelson (Aldrich) avait confié à Henry, Frank, Paul et Piatt qu’il devait les garder enfermé sur l’île Jekyll, coupé du reste du monde, jusqu’à ce qu’ils aient développé et compilé un système monétaire scientifique pour les États-Unis, la naissance réelle du présent Système de Réserve Fédérale, le plan élaboré sur l’île Jekyll lors de la conférence avec Paul, Frank et Henry. [...] Warburg est le lien qui relie le système Aldrich et le présent système ensemble. Lui plus que n’importe quel homme a fait du système une réalité qui fonctionne. »

« Current Opinion » (Décembre 1916), p.382 ; « Men who are making America » (1917) p.398-399

Les protagonistes ont eux-mêmes relatés l’histoire de cette réunion ultrasecrète de nombreuses années plus tard. Frank Vanderlip écrivit dans le Saturday Evening Post, le 9 février 1935 (repris à la page 210 de son livre édité la même année, « From Tarmboy to Financier », au chapitre intitulé « A conclave on Jekyll Island ») :

« Malgré mes opinions sur la valeur d’une plus grande publicité des affaires des entreprises pour la société, il y eût une occasion à la fin de 1910, où je fus aussi secret, en effet, aussi furtif que n’importe quel conspirateur…. Puisque cela aurait été fatal pour le plan du sénateur Aldrich qu’on sût qu’il invita quiconque de Wall Street à l’aider à la préparation de son projet de loi, des précautions ont été prises qui auraient enchantées le cœur de James Stillman (un banquier secret haut en couleur qui fût le président de la National City Bank pendant la Guerre Ispano-Américaine, et que l’on a soupçonné d’être impliqué dans  notre entrée dans cette guerre) [...] je n’estime pas qu’il soit exagéré de parler de notre expédition secrète sur l’île Jekyll comme l’occasion de la conception réelle de ce qui est finalement devenue le Système de Réserve Fédérale. »

Nathaniel W. Stephenson relate l’expédition dans la biographie officielle du sénateur Aldrich (« Nelson W. Aldrich, A Leader in American Politics » (1930), ch.XXIV « Jekyll Island ») :

« A l’automne 1910, six hommes sont partis chasser le canard, Aldrich, son secrétaire Shelton, Andrews, Davison, Vanderlip et Warburg. Des journalistes attendaient à la station de Brunswick (Géorgie). M. Davison est sorti et leur a parlé. Les journalistes se sont dispersés et le secret du voyage étrange n’a pas été divulgué. M. Aldrich lui demanda comment il avait géré cela [...] Ce curieux épisode de l’île Jekyll était généralement considéré comme un mythe. [...] B.C. Forbes a obtenu quelques informations de l’un des journalistes. Il a décrit l’histoire de l’île Jekyll dans ses contours…»

Dans un ouvrage volumineux écrit en 1930 consacré au Système de Réserve Fédéral, Paul Warburg fait référence à cette réunion sans jamais que ne soient mentionnés les mots « île Jekyll ». Il écrivit cependant :

« Mais alors la conférence s’est terminée, après une semaine de délibération sérieuse, le brouillon de ce qui devint plus tard le projet de loi Aldrich avait été convenu, et un plan avait été élaboré pour une ‘Association de Réserve Nationale’, signifiant une organisation de réserve centrale avec une émission de papier-monnaie élastique basée sur l’or et l’effet de commerce. […] Les résultats de la conférence furent entièrement confidentiels. Même le fait qu’une réunion avait eu lieu ne devait pas être rendu public. […] quoique dix-huit années se soient depuis écoulées, je ne me sent pas libre de donner une description de cette très intéressante conférence concernant laquelle le sénateur Aldrich a engagé tous les participants au secret. »

« The Federal Reserve System, Its Origin and Growth: Reflections and Recollections » (1930), p.58-60

Cependant Warburg évoque explicitement une fois l’épisode de l’île Jekyll dans un mémorandum, « The Warburg Memorandum », publié dans la biographie consacrée au sénateur Aldrich (« Nelson W. Aldrich, A Leader in American Politics« , p.485). Il écrivit : « La question d’un taux d’escompte uniforme a été discutée et arrangé sur l’île Jekyll. »

Le professeur Edwin R. Seligman, membre d’une famille de banquiers internationaux (J. & W. Seligman & Co.), à la tête du département d’économie de l’Université de Columbia, évoqua le rôle central joué par Warburg dans un essaie publié dans « Proceedings of the Academy of Political Science » (v. 4, No. 4, p. 387-90):

« Il est connu d’un petit nombre à quel point les États-Unis sont redevables à M. Warburg. Car cela peut être dit sans crainte de contradiction que dans ses caractéristiques fondamentales la loi sur la Réserve Fédérale est le travail de M. Warburg plus qu’aucun autre homme dans le pays. [...] On ne doit pas oublié que M. Warburg avait un objet pratique en vue. Dans la formulation de ses plans et dans l’avancement de ceux-ci […] il lui incombait de se rappeler que l’éducation du pays doit être graduelle et qu’une grande partie de la tâche consistait à démolir les préjugés et se débarrasser de la suspicion. Ses plans contenaient donc toutes sortes de suggestions complexes conçues pour rassurer le public contre des dangers imaginaires et persuader le pays que le plan général était tout à fait praticable. Ce fût l’espoir de M. Warburg qu’avec le temps il serait possible d’éliminer de la loi quelques clauses insérées en grande partie sur sa suggestion dans un but éducatif. »

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L’île de Jekyll et son club de villégiature étaient la propriété privée des plus grands noms de l’époque dont le magnat de la finance, des chemins de fer et de l’acier, John Pierpont Morgan et un autre magnat, du pétrole, de la finance, du cuivre et des chemins de fer, William Avery Rockefeller Jr., le frère de John D.

Le sénateur Nelson Aldrich, alors président de la Commission Nationale Monétaire chargée d’enquêter sur les raisons de la panique de 1907, devait proposer un plan pour réformer le système bancaire et s‘assurer que celui-ci soit en dehors des mains du « Money Trust ». Ce plan de réforme du système bancaire étant préparé par les représentants mêmes du Money Trust, on comprend que la tenue au secret de cette réunion était primordiale pour l’aboutissement du projet. Nelson Aldrich était un riche homme politique. Il est le beau-père de J.D. Rockefeller junior et le grand-père maternel du vice-président des Etats-Unis Nelson Aldrich Rockefeller.

Henry Davison fût le principal associé chez J.P. Morgan & Co. Morgan était l’un des hommes les plus riches des Etats-Unis, si ce n’est le plus riche (le seul ayant pu entrer en compétition sur ce terrain est John D. Rockefeller). Il a formé et contrôlé de nombreux conglomérats et géants industriels. Il contrôlait un grand nombre de compagnies de chemins de fer et bien sûr de nombreuses banques dont J.P. Morgan & Co. qui était le groupe financier le plus puissant de Wall Street donc des Etats-Unis.

Benjamin Strong était un protégé de Davison. Celui-ci le nomma comme son secrétaire à la Bankers Trust Company en 1904. Il en devint par la suite vice-président en 1909 puis président en 1914. Strong est devenu le premier gouverneur de la Banque de la Réserve Fédérale de New-York qui est de loin la plus importante des banques régionales du système, notamment par sa capitalisation et son rôle proéminant dans les opérations d’ « open market ».

Paul Warburg, banquier influent de son époque, est le véritable architecte de ce système. Il en est devenu le premier vice-président à Washington. Il fût aussi un des directeurs du Council on Foreign Relations dès sa fondation. Il fonda entre autre l’International Acceptance Bank puis l’International Manhattan Company qu’il présida et lui permit de faire d’énormes bénéfices en finançant les réparations allemandes imposées par le Traité de Versailles. Il siégea notamment au conseil d’administration d’American I.G. Farben. Son frère Max, non moins influent, était à la tête de la très grande banque d’affaire familiale basée à Hambourg M.M. Warburg & Co. et possédant des branches à Amsterdam et Berlin. Il fût conseiller du Kaïser Guillaume II et fût consulté par les gouvernements successifs de la République de Weimar. Il siégea entre autre à la Reichsbank, la banque centrale, ainsi qu’au conseille d’administration d’I.G. Farben. Paul Warburg fût associé, avec son frère Félix, à un financier New-Yorkais de premier plan dès leur arrivée en Amérique, Jacob Schiff, chez Kuhn, Loeb & Co. La relation entre les familles Warburg et Schiff remonte à plusieurs générations. Félix a épousé la fille de Jacob Schiff, Frieda. Paul a épousé la fille de Loeb. Abraham Kuhn et Solomon Loeb sont les cofondateurs d’origine allemande de la banque qui porte leurs noms. C’est Jacob Schiff qui, mit à l’étriller par Kuhn, a repris les rennes de la banque Kuhn, Loeb & Co. Avant de devenir un financier New-Yorkais de premier plan, J. Schiff est lui aussi issu d’une famille de banquier allemand. L’un de ces parents travaillait au Kreditanstalt, la banque des Rothdchilds autrichiens. Jacques Attali raconte d’ailleurs dans son livre « Un homme d’influence : Sir Siegmund Warburg », comment lors de la crise financière de 1857, la banque familiale Warburg de Hambourg, et les finances de la ville elle-même!, furent sauvées par un wagon rempli d’or arrivé depuis Vienne et négocié par les Warburgs auprès du Kreditanstalt

Un bien petit monde que celui de la finance !

La Fed est donc le fruit des ambitions du Money Trust de Wall-Street et son architecte en chef fût un banquier international de premier plan. Avant la création de la Fed, il existait une certaine compétition entre les grands financiers de Wall-Street. Ils ont cependant su trouver leur intérêt dans la formation de ce cartel qu’est en réalité la Fed. Les membres de ces grandes familles de financiers (et industriels !) se sont alliés, notamment par le mariage. Renforçant ainsi l’assise de leurs pouvoirs. Un cartel est une association d’intérêts particuliers se partageant un monopole. C’est le model des Compagnies des Indes : l’union fait la force. « Plutôt que de se faire concurrence où nous aurions à y perdre, pourquoi ne pas s’associer et partager le monopole d’un marché ? Et ainsi écraser toute compétition extérieure ».

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2e partie: contrôle de l’institution

Murray Rothbard, économiste de l’Ecole autrichienne, écrit dans son ouvrage « The Case Against the Fed » (1994) :

« Il y a deux étapes critiques dans l’établissement et le fonctionnement de n’importe quel cartel à régulation gouvernementale. Nous ne pouvons pas nous permettre d’ignorer l’une ou l’autre des étapes. L’étape un est de passer la loi et établir la structure. La deuxième étape est de choisir le personnel approprié pour diriger la structure : il n’y a aucune raison pour des grands banquiers de fonder un cartel, par exemple, et voir ensuite le personnel dans les « mauvaises » mains. […] Il est très clair, en examinant l’origine et les premières années de la Réserve Fédérale, que, tant par son personnel que ses politiques monétaires et financières choisies, l’empire Morgan était quasiment en contrôle suprême de la Fed. »

ch.« The Fed At Last: Morgan-Controlled Inflation », p.122

lire la suite dans « contrôle de la Fed »

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Conclusion: le Money Trust est à l’origine de la conception et de l’établissement de la Fed. Il l’a contrôlé dès sa fondation.

 

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Sources

Mullins, Eustace C., « Secrets of the Federal Reserve », 1952, Kasper and Horton (1er edition).

Griffin, G. Edward, « The Creature From Jekyll Island: A Second Look at the Federal Reserve », 1994, American Media.

Sutton, Antony C., « The Federal Reserve Conspiracy », 1995, CPA Book Publisher.

Rothbard, Murray N., « The Case Against the Fed », 1994, Ludwig von Mises Institute.

Attali, Jacques, « Un homme d’influence : Sir Siegmund Warburg », 1985, Fayard.

Contrôle de la Fed

Le pouvoir financier de la côte Est

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L’article intitulé « la créature de l’île Jekyll » relate l’histoire de l’élaboration secrète de la Réserve Fédérale par les puissances financières New-Yorkaises.

« The Case Against the Fed » (1994) est un ouvrage écrit par Murray Rothbard, un économiste de l’Ecole autrichienne. Dans cet ouvrage, Rothbard traite entre autre de la conception et du contrôle de la Réserve Fédérale.

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« Il y a deux étapes critiques dans l’établissement et le fonctionnement de n’importe quel cartel à régulation gouvernementale. Nous ne pouvons pas nous permettre d’ignorer l’une ou l’autre des étapes. L’étape un est de passer la loi et établir la structure. La deuxième étape est de choisir le personnel approprié pour diriger la structure : il n’y a aucune raison pour des grands banquiers de fonder un cartel, par exemple, et voir ensuite le personnel dans les « mauvaises » mains. »

« Il est très clair, en examinant l’origine et les premières années de la Réserve Fédérale, que, tant par son personnel que les politiques monétaires financières choisies, l’empire Morgan était en contrôle quasi suprême de la Fed. »

ch.« The Fed At Last: Morgan-Controlled Inflation », p.122

« Après avoir assumé le poste de gouverneur de la Réserve fédérale de New York en octobre 1914, [Benjamin Strong] n’a pas perdu de temps à prendre le pouvoir au sein du Système de Réserve Fédérale. Lors de la réunion d’organisation du système, un conseil extra-légal des gouverneurs de banques régionales de la Fed a été formé; lors de sa première tenue, Strong saisit le contrôle du conseil, devenant tant son président que le président de son comité exécutif. Même après que W. P. G. Harding soit devenu le gouverneur de la Réserve Fédérale  [ie à la tête du Conseil à Washington] deux ans plus tard et ait dissolu le conseil, Strong resta la force dominante au sein de la Réserve Fédérale, en vertu de sa désignation comme l’agent exclusif des opérations d’ « open-market » de toute les Banques de la Réserve Fédérale. »

ch.« The Fed At Last: Morgan-Controlled Inflation », p.126

« Ce n’était pas seulement par Benjamin Strong que les Morgans ont dominé totalement la politique et la finance américaine pendant les années 1920. Le président Calvin Coolidge, qui a succédé au président Harding, allié de Rockefeller, quand il est mort en fonction, était un ami proche de J. P. Morgan Jr., et un protégé politique du camarade de classe de Coolidge à l’Université Amherst, l’associé de Morgan Dwight Morrow, mais aussi de Thomas Cochran, un camarade associé de Morgan. Et dans toutes les administrations Républicaines des années 1920, le secrétaire au Trésor était le magnat et multimillionnaire de Pittsburgh Andrew W. Mellon, dont les intérêts étaient liés de longue date à ceux des Morgans. Et tandis que le président Herbert Hoover n’était pas aussi intimement connecté au Morgans que Coolidge, il avait longtemps été proche des intérêts de Morgan. Ogden Mills, proche de Hoover qui a remplacé Mellon comme secrétaire au Trésor en 1931, était le fils d’un dirigeant de compagnies de chemins de fer de Morgan tel que New York Central; parallèlement, Hoover choisit Henry L. Stimson comme secrétaire D’État, un disciple important et associé de l’ancien avocat personnel de Morgan, Elihu Root. Plus révélateur, deux conseillers officieux de Hoover, mais puissants pendant son administration, étaient les associés de Morgan, Thomas W. Lamont (le successeur de Davison comme PDG de l’empire Morgan) et Dwight Morrow, qu’Hoover consultait régulièrement trois fois par semaine.

Un aspect crucial du premier terme du New Deal de Roosevelt a cependant été tristement négligé par des historiens conventionnels : le New Deal a constitué une réduction et un remplacement concertés de la prédominance de Morgan, une coalition de groupes financiers d’opposition pour le renverser du pouvoir. Cette coalition était une alliance des Rockefellers; du nouvellement éclot pouvoir d’Harriman dans le parti Démocrate; des plus récentes et plus impétueuses banques d’investissement juives de Wall Street comme Lehman Brothers et Goldman Sachs, poussant Kuhn Loeb dans l’ombre; ainsi que de groupes extérieurs tel que le flibustier catholique irlandais Joseph P. Kennedy, l’italo-américain Giannini de la Bank of America californienne, ou le Mormon Marriner Eccles, à la tête d’un énorme conglomérat d’une holding bancaire et d’une société de construction de l’Utah, allié à la société de construction Bechtel basée en Californie et à la Standard Oil of California de Rockefeller.

Le principal signe avant-coureur de cette révolution financière était la prise de contrôle réussie par Rockefeller de la banque de commerce vedette de Morgan, la puissante Chase National Bank of New York. Après le crash de 1929, Winthrop W. Aldrich, le fils du sénateur Nelson Aldrich et le beau-frère de John D. Rockefeller jr., a réalisé la fusion de sa société Equitable Trust Company, contrôlée par Rockefeller, avec la Chase Bank. Aldrich s’est alors engagé dans une lutte titanesque au sein de la Chase, pour évincer en 1932 le PDG de la Chase de Morgan, Albert Wiggin, et le remplacer par Aldrich lui-même. Depuis, la Chase a été le quartier général virtuel de l’empire financier de Rockefeller.

La nouvelle coalition a astucieusement conduit les réformes bancaires du New Deal de 1933 et 1935, qui ont transformé le visage de la Réserve Fédérale [...]

L’autre changement monétaire majeur accompli par le New Deal, et réaliser dans le système bancaire de réserves fractionnaires sous couvert de  »l’urgence’’ de la dépression, fût l’abandon de l’étalon or. Après 1933, les billets de la Réserve Fédérale et les dépôts n’étaient plus échangeables en pièces d’or pour les Américains; et après 1971, le dollar n’était plus échangeable en lingot d’or pour les gouvernements et les banques centrales étrangers. L’or des Américains a été confisqué et échangé contre des billets de la Réserve Fédérale, qui ont obtenus le cours légal; et les Américains ont été poussés dans un régime de papier de confiance produit par le gouvernement et la Réserve Fédérale. Au cours des années, toutes les contraintes originales sur les activités de la Fed et son émission de crédit ont été abrogées; en effet, depuis 1980, la Réserve Fédérale joui du pouvoir absolu faire littéralement ce qu’elle veut : acheter non seulement des titres du gouvernement américain, mais aussi acheter autant d’actifs et gonfler le crédit autant qu’il lui plaît. Il n’y a plus aucune contrainte qui s’applique à la Réserve Fédérale. [...]

Cependant, en examinant les changements apportés par le New Deal, nous devrions nous abstenir de pleurer pour le Morgans. Tandis que détrônés de manière permanente par le premier terme du New Deal et n’étant jamais retourné aux commandes, les Morgans ont pu, quoique châtiés, prendre leur place dans la coalition dirigeante du New Deal vers la fin des années 1930. Là, ils ont joué un rôle important dans la conduite par l’élite au pouvoir vers l’entrée dans la Seconde Guerre mondiale, particulièrement dans la guerre en Europe, à nouveau du côté de la Grande-Bretagne et de la France. Pendant la Seconde Guerre mondiale, en outre, les Morgans ont joué en coulisses un rôle décisif en martelant les Accords de Bretton Woods avec Keynes et les Anglais, un accord que le gouvernement américain présenta comme un fait accompli au « monde libre » rassemblé à Bretton Woods vers la fin de la guerre.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, les divers intérêts financiers sont entrés dans un réalignement permanent : les Morgans et les autres groupes financiers ont pris leur place comme des associés accommodant dans un puissant « Establishment de la côte Est », mené de façon incontestée par les Rockefellers. Depuis lors, ces groupes, travaillant en tandem, ont pris part au contrôle du System de Réserve Fédérale. Ainsi, l’actuel président de la Fed, Alan Greenspan, était, avant son accession au trône, un membre du comité exécutif de la banque de commerce vedette de Morgan, la Morgan Guaranty Trust Company. Son prédécesseur largement vénéré comme président de la Fed, le charismatique Paul Volcker, fût un serviteur de longue date de l’empire Rockefeller, ayant été un économiste pour la société Exxon des Rockefellers, et pour leur quartier général, la Chase Manhattan Bank. (Dans une fusion symboliquement importante, la Chase avait absorbé la banque de commerce vedette de Kuhn Loeb, la Bank of Manhattan.) [...] tandis qu’il restait toujours beaucoup de défis pour le pouvoir financier et politique de l’Establishment de la côté Est, défié par des nouveaux venus impétueux et des flibustiers du Texas et de la Californie, les intérêts traditionnels du Nord-Est ont été harmonieusement solidifié sous l’autorité de Rockefeller. »

ch. »The New Deal and the Displacement of the Morgans« , p.129-133

 

 

 

 

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