FONDEMENT PHILOSOPHIQUE DU REVENU D'EXISTENCE

Publié le par lereveilmondial.over-blog.com

Le revenu d'existence consiste à allouer un revenu monétaire de la naissance à la mort, individuel, égal pour tous, inconditionnellement, cumulable avec n'importe quel revenu d'activité, quel qu'en soit sa source, emploi salarié, activité indépendante, entrepreneuriale ou libérale.

Pour éviter de fréquentes confusions, précisons, qu'il n'a rien à voir avec le RMI, qui est une allocation compensatrice, conditionnelle, soumise à toute une série de restrictions d'âge, de situations (matrimoniales par exemple) et de plus en plus liée à des justifications dans l'effort d'insertion. Le RMI stigmatise ses bénéficiaires, les soumet à des contrôles constants, les enferme dans une situation d'assisté.

Il n'a rien à voir non plus avec l'impôt négatif et ses adjuvants comme l'actuel et récente prime à l'emploi. En effet, l'impôt négatif consiste à compléter le revenu tiré d'une activité et jugé insuffisant. Ainsi pour un niveau minimum fixé à 100, le foyer fiscal qui déclarerait recevoir 40, au lieu de payer un impôt, recevrait 60. L'expérience initiée par Milton Friedman et le président Nixon auprès de 30.000 familles du New Jersey, dans les années 60 et menée pour tester la crainte majeure d'une désincitation à l'emploi, a révélé que cette crainte était injustifiée, sauf pour quelques femmes, mais a fait apparaître une conséquence imprévue : le développement du travail noir et des revenus cachés. En effet, si j'améliore ma situation et qu'au lieu de gagner 40, je viens à gagner 60, mon revenu final ne change pas, l'état m'accordant maintenant 40. Tout se passe alors comme si en dessous du seuil, tout revenu supplémentaire était taxé à 100%, ce que mêmes les plus riches ne supportent jamais. Il m'est donc préférable de travailler légalement un peu pour bénéficier de l'impôt négatif, de recevoir le complément fiscal, et d'obtenir des revenus supplémentaires non déclarés. Très vite lors de l'expérimentation, il fallut multiplier les contrôles et le très libéral Milton Friedman a conclu que l'extension à tous les Etats-Unis aurait pour inévitable conséquence d'engendrer une armée de contrôleurs et d'introduire un régime inquisitorial.

Depuis que l'idée d'une transformation des revenus s'est répandue, de nombreuses propositions voisines ont vu le jour, chaque auteur essayant d'attacher sa paternité à la proposition en introduisant une nuance, revenu de base, revenu de citoyenneté, allocation universelle suffisante etc... appartiennent au même registre. Pourtant une différence sur le montant est plus fondamentale.

Le revenu d'existence est calculé sur les ressources du pays. C'est un revenu accordé de droit parce qu'on existe, et que, dés la naissance, on est reconnu appartenant à la communauté. Il est le fondement d'un contrat social collectif. Une fois instauré, si nous devenions tous paresseux, les ressources diminueraient, avec elles baisserait le revenu d'existence inconditionnel, égal pour tous, et en pâtiraient le plus, ceux qui justement, sauf choix de vie, n'auraient pas complété leurs revenus en participant à l'enrichissement collectif. Le revenu d'existence ainsi conçu est la marque d'une double solidarité de droit et de devoir. Il s'élève aujourd'hui, pour la France, à 330€ par mois.

L'allocation universelle suffisante est calculée à partir d'une estimation des besoins minimums pour vivre, sans qu'il soit nécessaire, en principe, de compléter ses revenus, si on le désire, par une activité productive. C'est une proposition soutenue par une figure emblématique de la gauche marxiste A. Gorz. Son objectif est de libérer tous les individus de la nécessité, et donc des conditions de l'exploitation capitaliste. De façon surprenante, les libéraux extrêmes formulent la même proposition. C'est par exemple le cas de Guy Sorman qui fixe aussi approximativement le niveau autour du montant actuel du SMIC, en contrepartie de quoi l'état se contente d'assumer seulement ses responsabilités régaliennes, tandis que par exemple, l'école, la santé, la sécurité individuelle etc.…sont assurées par le marché concurrentiel.

Beaucoup contestent le revenu d'existence évalué à 330€ par mois, le jugeant insuffisant pour un célibataire démuni. C'est exact. Mais le revenu d'existence n'est pas fait pour panser dans l'urgence les plaies les plus profondes de notre société, mais pour initier un nouveau mode de vivre ensemble. Notons d'abord qu'à 3% par an de croissance économique, le revenu d'existence doublera en 25 ans et qu'ainsi progressivement, en toute responsabilité, le libre choix hors de toute nécessité deviendra une réalité pour tous. Notons aussi que même aujourd'hui une famille de deux enfants recevrait tous les mois inconditionnellement 1320€ soit plus de 8500 francs. Comment imaginer que la vie concrète de ses membres et leurs choix de vie n'en seraient pas favorablement modifiés ? Notons enfin que l'enfant se verrait attribuer, dés sa naissance, 330€ par mois, qu'il bénéficierait ainsi, même si ses parents en utilisent une partie, à 16 ans, d'un capital financier non négligeable, assorti de recevoir toute sa vie durant un revenu d'existence croissant. Comment imaginer que cet horizon sécurisé ne le porte pas à construire sa vie plus en fonction de ses choix et de ses talents qu'il aura le temps de découvrir, et moins en fonction de la pression de la survie.

Il y a de nombreuses justifications au revenu d'existence, mais je pense que les raisons d'efficacité économique et sociale sont les plus aptes à convaincre les décideurs et les citoyens. Plus encore ce sont les considérations économiques qui montrent que l'instauration du revenu d'existence devient absolument nécessaire : elle est annoncée par la mutation que nous vivons mélangeant nouvelle économie et mondialisation.

Pour beaucoup, la nouvelle économie apparaît un peu mystérieuse et certains doutent de sa réalité et même de sa nouveauté par rapport à l'économie traditionnelle. Or, ils se trompent. La nouvelle économie est une radicale transformation, la deuxième après la révolution néolithique, l'apparition de l'agriculture, que l'on situe vers 8000 ans avant J.C, mais bien plus rapide et plus profonde encore que cette dernière.

Depuis cette époque, les hommes se sont organisés pour lutter contre la rareté matérielle : rareté des ressources alimentaires d'abord puis des objets de toutes sortes jusqu'aux biens industriels. Or, les quelques pays développés, disons ceux de l'O.C.D.E, ont avec le plein-emploi, réussi le miracle tant attendu : ils ont gagné, ils ont vaincu la rareté matérielle. Nous sommes capables de produire de tout, en trop, avec de moins en moins de travail humain. Il pourrait y avoir pour l'humanité tout entière assez de tout, de nourritures, de biens matériels, de monnaie, et il ne lui resterait plus qu'à résoudre un problème d'organisation et de répartition des richesses. Cependant nous ne parvenons pas à modifier notre économie libérale, efficace pour produire, mais inhumaine pour les pauvres et les exclus, non pas que le libéralisme l'impose par sa nature, mais parce que la distribution de ses bienfaits est pensée dans le cadre de la rareté. Si Saint-Paul dit qui ne travaille pas ne mange pas, c'est parce que lorsque les ressources sont rares, intrinsèquement rares, le plus grand danger que coure une communauté vient du parasite qui puise dans les ressources sans contribuer à les accroître. Le revenu tire d'ailleurs sa définition de cette façon de penser : le revenu est défini comme la contrepartie d'une participation à la production.

La nouvelle économie est donc d'abord une économie d'abondance matérielle, mais cela entraîne des conséquences considérables, que je ne peux développer, juste énoncer.

  • Ce qui fait la valeur d'échange d'un bien sur le marché, ce n'est plus ce qui provient de la terre, les matières premières, ni ce qui provient de l'association de la machine, capital fixe, avec le travail primaire de l'ouvrier qui permet de reproduire en masse uniforme, c'est tout ce qui était avant le petit reste, le complément, l'emballage, la publicité, la marque…l'immatériel, l'esprit ajouté à l'objet, l'information, dont le facteur de production est le capital humain. Les biens matériels ne sont plus que des alibis, des supports de l'échange. Ce qui est échangé c'est de l'information, de l'immatériel, du relationnel. Le déterminant de la valeur, n'est plus la rente de la terre marginale, comme du temps de l'esclavage et du servage, ce n'est plus la valeur travail comme au temps du salariat, c'est la valeur temps et le facteur prioritaire de création de valeur c'est le capital humain, c'est à dire le savoir, les compétences, les capacités à innover et s'adapter.

  • On pouvait s'approprier la terre et la faire produire par d'autres. On pouvait s'approprier la machine, le capital fixe, et lui faire rendre le profit grâce aux salariés. On ne peut pas séparer l'appropriation et l'usage du capital humain. Il est porté par l'être lui-même, inséparable de lui, et il ne crée de la valeur que s'il est motivé. Tout change. L'homme devient le capital. L'injonction célèbre " il n'y a de richesses que d'hommes " devient une réalité manifeste. La source de la richesse pour tous est le développement humain.

La nouvelle économie exige une nouvelle façon de penser l'homme et la société, un nouveau paradigme scientifique et culturel. Le capital humain exige pour être efficace, liberté, choix, intermittence. Voyez les artistes, ils ont toujours offert seulement leur capital humain. Le modèle de l'emploi à vie, garantissant un revenu va partout disparaître. Si nous perpétuons ce mode d'intégration dans la société, avec le lien strict emploi revenu, la nouvelle économie va faire exploser ce carcan, avec ou bien des " working poors " si nous laissons le marché seul s'ajuster, ou bien une protection sociale de plus en plus compliquée et coûteuse, alourdissant l'économie, la rendant moins efficace et n'empêchant pas l'exclusion.

Comprenons bien ce qu'est l'instauration d'un revenu d'existence. Nous jouons aux cartes, à la belote par exemple. Nous sommes quatre. Actuellement nous distribuons toutes les cartes au hasard (et en économie, à la fin du jeu, les gagnants prennent sur leurs gains pour que le perdant malchanceux, ou l'exclu de la partie, puisse au moins manger). Nous décidons que dorénavant, chaque joueur aura une carte forte dans sa main lui garantissant au moins une levée. Choisissons l'as. On prend les quatre as, on les distribue au hasard, puis on prend le reste du paquet de cartes, et on les distribue comme d'habitude. Le jeu peut rester le même. A priori, personne n'y perd. L'as est le revenu d'existence.

Notez que le choix de la carte, ou des cartes pré distribuées, peut modifier le comportement des joueurs et les résultats. Si au lieu de choisir l'as, on prend la dame ou le valet, le joueur faible est moins protégé et pourrait se trouver dans une position défavorable, les gagnants n'acceptant plus de prendre sur leurs gains pour lui permettre de poursuivre la partie. Si on choisit de donner un as + un roi + une dame, alors le jeu devient moins intéressant et les bons joueurs préféreront des tables aux règles de distribution laissant plus de chances de gains élevés. Un revenu d'existence trop faible pourrait être inéquitable. Un revenu d'existence trop fort pourrait être inefficace et finalement appauvrissant pour tous. Son niveau est essentiel.

Heureusement, la nouvelle théorie scientifique de l'économie, associée à la nouvelle économie et à la valeur temps nous donne la réponse. Dans la partie de cartes, la présence du quatrième est absolument indispensable, pour que le jeu puisse avoir lieu. Le maintien du joueur faible reste fondamental. Même si chaque joueur cherche à maximiser ses gains individuels, il sait qu'il a besoin de tous les autres pour jouer. Il gagnera d'autant plus que les autres joueurs seront également plus riches, même le plus pauvre. Dans le nouveau paradigme du développement humain c'est la même chose.

Dans un monde de rareté, c'est l'appropriation qui confère sécurité et pouvoir. Dans le monde immatériel et informationnel c'est le partage qui engendre la richesse. (Si je te donne un œuf et que tu me donnes un œuf, nous avons chacun un œuf. Si je te donne une idée et que tu me donnes une idée, nous avons chacun deux idées).

Dans la croissance endogène qui caractérise la nouvelle économie, la source de la croissance réside dans le capital social humain et matériel, c'est à dire le fonds de connaissances dans lequel chacun puise pour fabriquer son propre capital humain et quand il l'utilise, qu'il innove, qu'il réalise, qu'il crée de la valeur, sans le savoir, comme une externalité, il augmente le capital humain social de tous. C'est le tout ou l'unité qui est le point de départ et chacun s'autonomise dans cette unité. C'est la fin de l'individualisme méthodologique qui pensait partir de l'individu, cherchant à maximiser ses satisfactions individuelles, et qui cherchait à concevoir la société à partir de la réunion des individus. La théorie de la valeur temps permet de mesurer la part des revenus issus du capital social, qui appartient à tous, résultat de tout ce qu'y ont apporté nos ancêtres, dans le champ économique dans lequel nous sommes immergés, semblable à un corps social auquel comme cellule nous appartenons. Cette rente du capital social est la mesure du revenu d'existence. Elle dépend des ressources totales de la communauté et évolue avec elles, disons pour simplifier avec le PIB.

Dans la nouvelle économie, l'homme est capital humain, facteur prioritaire de production, source de la création de valeur. Il est le Capital de l'entreprise. Dés lors chacun va s'insérer dans le processus productif en recevant trois types de rémunération.

  1. Inconditionnellement le revenu d'existence, rémunération du capital humain social.

  2. La rémunération correspondant aux compétences et mérites personnels du capital humain privé. Mais ce n'est plus un salaire. C'est l'amortissement fixe du capital humain personnel. Si vous êtes porteur d'un capital élevé, dans un domaine de haute technologie qui évolue vite, l'incertitude qualitative, comme l'asymétrie d'information sur les attentes des contractants, les amènent à opter pour un contrat de durée plutôt courte, donc un amortissement rapide, assorti d'une rémunération élevée, qui devra être renégocié dans un, deux ou trois ans. Si au contraire votre capital humain est courant, qu'il ne se détériore ou ne s'améliore pas trop vite, vous choisirez un amortissement plus long, une rémunération plus faible assorti d'un contrat de travail de plus grande durée.

  3. Comme vous êtes du capital, aussi important sinon plus que le capital financier ou matériel, vous devez récupérer, au même titre que les apporteurs des autres formes de capitaux, une part des profits et de la valorisation de l'entreprise, valorisation éventuellement boursière, ce sont les fameux stock-options.

Nos économies sont en train d'explorer ces formes nécessaires et nouvelles d'organisation, mais l'absence de revenu d'existence inconditionnel, de sécurité élémentaire, comme un voltigeur prend plus de risques s'il y a un filet, rend nos économies moins aptes à profiter de l'efficacité de la nouvelle économie.

Le langage de l'économie, celui de l'argent, que je viens d'employer est celui qui aujourd'hui est le mieux entendu. Il n'est pas toujours bien reçu car les esprits sont encore conditionnés par des idées et des préjugés d'un autre temps. Mais le revenu d'existence est absolument nécessaire partout, et la situation actuelle bouleversée par les douleurs d'enfantement d'un nouveau monde mondialisé, le rend immédiatement et absolument indispensable. Son instauration même à l'échelle de l'humanité est réalisable. Ceux qui rejettent l'idée dans l'utopie se trompent ou mentent. Les vrais obstacles naissent de notre vision archaïque de l'homme et de la société des hommes.

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