Réserves pétrolières : la conspiration du mensonge

Publié le par lereveilmondial.over-blog.com

Imaginez un instant que le pic pétrolier - le maximum de pétrole que l'on puisse produire sur terre avant un déclin progressif et inexorable - ne soit pas prévu dans quelques décennies, comme l'affirment en chœur les multinationales pétrolières, l'Agence Internationale de l'Energie et les pays producteurs, mais dans les prochaines années. Panique sur les marchés financiers, économie mondiale en récession, montée irrémédiable du prix du baril, pertes d'influences pour les multinationales pétrolières et les pays producteurs : autant d'hypothèses très réalistes. qui pourraient se produire bien plus tôt qu'annoncé ! Selon l'ASPO (Association pour l'étude du pic pétrolier), les données officielles sur les réserves de pétrole encore disponibles sont systématiquement falsifiées ! Et l'ASPO est loin d'être une association fantaisiste. Elle rassemble en effet plusieurs départements universitaires européens de géologie rassemblés autour d'un noyau d'une dizaine de géologues de renom, tous anciens hauts responsables de la prospection de grands groupes pétroliers, qui peuvent désormais s'exprimer sans contraintes. En octobre 2007, un groupe de chercheurs issus de l'« Energy Watch Group » va plus loin en publiant un rapport encore plus alarmiste qui situe le pic pétrolier en. 2006 !

La divergence entre ces différentes estimations tient dans les interprétations des données fournies par les principaux acteurs. Les scénarios les plus optimistes tiennent en effet pour acquis les chiffres fournis par les pays producteurs. Or, ceux-ci ne sont soumis à aucune expertise indépendante. Pour rappel, le pic des découvertes majeures se situe dans les années 1960. Or, les données techniques montrent que les réserves restantes décroissent alors que les données politiques augmentent parallèlement... Les experts de l'ASPO et d'EWG dénoncent des artifices comptables autour des réserves « prouvées », ainsi que des biais et des tricheries systématiques dans la mesure, le report et l'agrégation des réserves de champs pétrolifères sur la planète. À ces probables manipulations se rajoute encore les coûts volontairement sous-estimés dans le secteur de l'extraction de champs toujours plus profonds et plus difficiles d'accès. On peut dès lors s'interroger sur le maintien volontaire d'un tel flou dans un domaine aussi capital pour le futur de l'humanité. Il est la conséquence de plusieurs facteurs.

Au ban des accusés tout d'abord : les pays producteurs qui, comme on l'a vu, ont les mains libres pour manipuler à leur guise leurs réserves dites « prouvées » ou « supposées ». Plus que jamais en cette fin de règne du pétrole, les différents pays producteurs, qui ont compris que le temps où ils pourraient en tirer profit leur est compté, se sont engagés dans une lutte d'influence à distance. Publier un chiffre de réserves est avant tout un acte politique, qui dépend de l'image que veut se donner son auteur, car ces données représentent aussi un patrimoine financier qu'ils ont tout intérêt à gonfler artificiellement, que ce soit pour faciliter l'obtention de prêts bancaires ou attirer les investissement étrangers.

En deuxième ligne, on retrouve l'industrie pétrolière, très influencée par les États-Unis. Toutes les règles pour établir les réserves mondiales sont américaines et proviennent de la SEC (Security and Exchange Commission). Ces règles, complètement périmées, ont trente ans d'âge et n'ont pour seul but que de garantir et maintenir le rapport de force en faveur des multinationales pétrolières.
Pour cette raison mais aussi à cause des bénéfices engendrés et de l'influence stratégique qu'ils en retirent, voir naître un débat autour de l'authenticité des chiffres officiels sur les réserves de pétrole est sans doute la dernière chose au monde que les grands bénéficiaires de la manne pétrolière souhaitent.

Enfin, au bout de la chaîne, se trouvent les gouvernements des pays consommateurs, dont la docilité est sans égale. On imagine aisément pourquoi. Tout d'abord, les taxes sur le pétrole sont généralement sources de revenus appréciables pour les gouvernements, quand bien même le pétrole cher peut plomber partiellement leur économie. Ensuite, il faudrait une belle dose de courage pour oser braver les chiffres « officiels ». Les enjeux autant que les implications qui gravitent autour de l'« après-pétrole » sont d'un ordre de grandeur que l'on peut à peine imaginer. 

Alors que l'intérêt majeur de l'humanité serait de pouvoir anticiper plus progressivement la fin très proche du pétrole et de tenter de s'y adapter, c'est une nouvelle fois la vision à court terme, avec pour unique motivation le profit immédiat, qui l'emporte. L'humanité dans son ensemble le paiera très cher. Mais il existe encore un moyen de réduire la facture : la mobilisation citoyenne et la diffusion de l'information. S'informer, c'est déjà agir.

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