Un complot à la fois nécessaire et impossible : le 11 septembre 2001 (2)

Publié le par lereveilmondial.over-blog.com

Sommaire

 I. Quand la réalité des attentats ne dépasse pas une virtualité tant désirée… 
 II. Les Etats-Unis ne seraient pas une démocratie 
 III. Le terreau de la négation 
 IV. « La CIA a organisé les attentats, Les forces malignes américaines font la guerre pour le pétrole » 

Les tergiversations autour des attentats du 11 septembre servent à donner sens à une rupture paroxystique dont la radicalité et la complexité échappent à qui n’a pas une conscience et une connaissance rigoureuses de l’histoire. Dans ces temps d’ignorance et d’incertitude, le seul regard qui peut être entendu est celui, séducteur, d’une simplification outrancière, forgée par des discours réducteurs exprimant ce qui ne peut être dit – écouté ? - autrement. Les négateurs, par cette volonté irrémédiable de canaliser les inquiétudes autour d’un monde dont la pluralité des acteurs-décideurs est déconcertante pour les porteurs d’idéologies surannées car inadaptées à ce qui ne dénote pas de l’Etat, en identifient pourtant, dans les Etats-Unis [1], le mal incarné. En cette année anniversaire, il est bon de rappeler qu’en 1968, Le Robert intégrait le néologisme « antiaméricanisme » dans son dictionnaire et qu’à la convention démocrate de Chicago, les étudiants américains qui s’exprimaient sur campus se disaient anti-américains. Cette opposition à un modèle américain s’opère tant intra (les diatribes du pasteur de Barack Obama) qu’extra et particulièrement en France (le succès des documentaires « Mondovino [2] » ou « Le monde selon Monsanto [3] » le prouvant). En ce qui concerne le 11/09, l’apogée discursive constatée d’un tel comportement collectif névrotique [4] se situe dans la croyance en la capacité d’un Etat démocratique à perpétrer un crime de masse camouflé contre sa propre nation pour des raisons économiques (le libéralisme outrancier trouve ainsi une figure apte à être détestée). L’ennemi est déshumanisé ; sa haine devient l’exutoire de tout ce qui ne va pas et le creuset de toutes les superstitions liées, notamment, à la surestimation de sa puissance : ce que les négateurs prêtent à la CIA, outil fantasmé du complot, en est une illustration.
Voici le grand retour de l’obscurantisme, du fantasme et des vieilles peurs. J’espère que ce second texte – à vrai dire isolé - trouvera une quelconque utilité pour contrer la grande densité des productions négatrices, dominantes sur Internet. Quelques questions pour en dénoncer d’autres te seront, « à toi le proto, néo, crypto, alter, anti-américain, israélien, mondialisation, globalisation, capitalisme, libéralisme, impérialisme... » utiles. Retour des réponses souhaité, notation.

I. Quand la réalité des attentats ne dépasse pas une virtualité tant désirée…

1. Des négateurs insatisfaits de la mise en scène d’un film-catastrophe moins bon que les autres.

clovefield1-111d8.jpgQuiconque passera du temps sur les sites des négateurs observera leur vidéomania. Une idée, un article et une vidéo compulsive s’ensuit, généralement glanée sur YouTube et Cie. De vrais petits documentaires naissent sur le 11 septembre, élaborés avec beaucoup de soin, la preuve par l’image, le détail qui a échappé au commun ou le document souligné, interprété, le tout dans une mise en scène suggestive. Il s’agit de filmer l’extraordinaire, de le révéler. Bien des négateurs font partie d’une génération qui a suivi la part croissante des effets spéciaux dans les films où l’hyperréalisme des séquences ultimes, catastrophiques, est particulièrement bien soigné et est pris comme un critère de qualité voire d’esthétisme. L’exaltation de la rétine devant une séquence d’explosions passe par ces multiples artifices de mise en scène dont le recours à la création numérique rend virtuellement possible ce que nul ne pourrait observer de visu. Maximisant les détails, où tout est bien visible, les destructions se propagent par des ondes de feu dont l’expansion est filmée sous différents angles d’approche avec, bien souvent, un nécessaire ralenti pour améliorer l’imprégnation. Par comparaison, ce 11 septembre, découvert sur le même vecteur cathodique, a offert une qualité visuelle très décevante au regard de la portée – bien réelle – de l’évènement. De la fumée partout, des nuages de poussières, des caméras vacillantes, une mise en scène approximative là où le réel devait dépasser la fiction et rendre tout virtuel inutile. Comble de la frustration, l’œil du spectateur n’a pu embrasser la totalité de l’évènement, champ-contrechamp, ratant l’arrivée du premier Boeing dans le WTC, se focalisant ensuite sur Manhattan, ne voyant rien du reste, de Shanksville et surtout du Pentagone, lieu hautement sensible, cible rarement atteinte dans la filmographie du genre catastrophe. Aussi il fallait, pour beaucoup, œuvrer afin d’assurer un relai entre la minoration visuelle de l’évènement rare et en direct et son importance intrinsèque. L’effondrement des deux tours, par contre, rajoutera une nouvelle couche de radicalité visuelle. La destruction est opérée mais trop rapide, en quelques secondes ; nécessité d’un ralenti.
S’ensuivent des centaines de photos/vidéos récoltées ici ou là par les négateurs, pour combler le déficit visuel initial et se rapprocher au plus près de l’évènement, en arrêts sur images, focus, zooms, et reconstituer [5] la trame précise de ce qui avait été trop subreptice, trop furtif et finalement trop incroyable. Leur travail est de l’ordre de la reconstitution opérée dans un cadre restreint, l’évènement restant coincé à une petite échelle, celle de la mégalopolis étasunienne, matrice des lieux de pouvoirs. Pourtant l’insatisfaction perdure. Il y a un trop grand fossé visuel entre un Manhattan continuellement filmé et les deux autres sites où l’absence de vidéos-témoins se fait cruellement sentir. L’imagination des négateurs oscille ainsi entre micro et macro, entre le « pull it [6] » et l’effondrement final, une tentative de redonner sens à un scénario filmique médiocre.
Un choix parmi l’ensemble des sources – ou leur absence - s’opère, le scénario prend corps, le matériau est prêt, dument sous-titré, présenté, il devient source et est à même d’être diffusé sur l’ensemble des sites de partage de vidéos en ligne. Les négateurs en illustreront abondamment leurs propos ne se satisfaisant point – et pour d’autres raisons – du rapport officiel sur un attentat dont ils pensent en connaître les tenants et les aboutissants.
C’est à partir de ces sources (initiales et remaniées) que l’on assiste à une profusion de questions qui noient l’évènement en lui amenant implicitement des hypothèses qui, misent bout à bout, permettent l’obtention d’une trame mêlant considérations techniques (« formes curieuse des turbines pouvant expliquer la présence de charges explosives ») et témoignages (« untel a vu et a dit ») [7].
Ce méli-mélo interrogatif est d’autant plus difficile à détricoter que les mailles ne sont pas solidaires les unes des autres. Elles agissent à la fois comme des nœuds et des fragments dont la faiblesse argumentative est la force persuasive et ne permettent souvent pas de retrouver la source du discours (le untel ou la photo de la forme curieuse des réacteurs) tant les négateurs, par l’usage des renvois sur de multiples blogs, leur capacité à ressasser, s’insèrent dans une logique d’information gigogne et anarchique propre à toute rumeur.

Plusieurs scénarii ont été créés et le temps aboutit à leur mise en concurrence. Ainsi les théories simplistes et radicales sont désormais combattues par d’autres, plus complexes, faisant valoir la rigueur de l’observation et mettant en œuvre des considérations techniciennes. Prenons un exemple abouti, le blog d’un négateur analysant l’approche du Boeing 757 sur le Pentagone ; on retiendra trois choses (que l’on retrouve dans moult sites dédiés au 11/09).
— Un travail qui critique les théories négatrices les plus radicales et/ou les plus sottes (pas d’avion sur le Pentagone), s’inscrivant – pourrait-on penser – dans une logique modérée apte à contenter les indécis.
— Une approche apparemment documentée et bien présentée mêlant photos avec calques d’informations, témoignages de témoins oculaires de l’avion (nombreux et rendant toute négation vaine) et messages de soutien validant son travail (sources ?) permettant de tracer la ligne d’approche de l’avion avant l’attentat.
— Une conclusion qui mêle habilement la prudence et des hypothèses qui n’en amènent pas moins doucement le lecteur à la thèse de la conspiration. Ainsi, pour valider cette théorie du complot, l’auteur a tracé la trajectoire d’approche du Boeing à partir de témoignages visuels et perçoit, dans une bifurcation de l’avion, la preuve d’un choix considéré d’évitement d’obstacles et du point d’impact (pour diverses raisons mentionnées dont celle d’éviter le bureau de Donald Rumsfeld) donc d’une possible commande à distance [8] de l’avion tant la complexité du maniement de l’appareil lui apparait incompatible avec les faibles connaissances du pilote. Or, cette démonstration séduisante doit être revue – encore une fois - en amont, au niveau des sources : les témoignages ont une portée bien évidemment subjective, imprécise, fantasmée [9], et l’auteur ne les met pas en parallèle sur un même lieu, préférant une logique sérielle (un témoignage par fragment de trajectoire). Au niveau des sources mais aussi de la méthode : l’auteur propose un itinéraire « logique, plus simple », direct, de l’avion et offre donc son objectivité à la subjectivité totale de l’évènement tel qu’il a dû être vécu à l’intérieur du cockpit. Des hommes qui vont vers une mort certaine, chantant Allah ou Yankee Doodle, dont l’engin peu contrôlable glisse tel un aéroglisseur en rase-mottes vers une cible qui pouvait tout aussi bien être la Maison Blanche de l’autre côté du Potomac. Dans les deux cas, les deux trajectoires proposées par l’auteur (celle du bon sens – la sienne – et celle de l’avion – pour montrer la logique du complot) sont nulles et non avenues car purement imaginatives.
Cet exemple prouve la faculté et la facilité qu’ont les négateurs à la réinterprétation des évènements selon une grille qui pour le profane peut apparaître parfaitement lisible et valable.

2. Le cœur de la mégalopolis incomplètement atteint dans ses symboles les plus honnis

Au sein de ce champ territorial – restreint donc - où s’expriment les différentes composantes de la puissance américaine fantasmées en des lieux symboliques sis au cœur de deux métropoles visées dans l’espace de la mégalopolis, nous nous apercevons que seules les puissances culturelle et politique ont été épargnées par les attentats. Si l’esprit culturel honni de l’Amérique se situe, pour bon nombre, dans la déliquescence de ses médias de masse, l’absence d’un avion de part et d’autre de la Constitution avenue, reste une lacune. Le fait que la Maison Blanche tienne encore debout est significatif d’un pouvoir exécutif accusé d’avoir commandé les attentats et qui, a fortiori, ne pouvait se détruire. Notons que si le vol s’était encastré sous le dôme du Capitole, à quelques centaines de mètres, le sentiment des négateurs n’aurait pas varié d’un iota dans la mesure où un pouvoir désireux d’être fort – j’ai même lu « totalitaire » (nous y reviendrons) – n’a nul besoin d’une chambre des représentants du peuple. D’aucuns se réfèreront à l’incendie du Reichstag le 27 février 1933. Les comploteurs devant être nombreux au vu d’une telle organisation funeste, à quand donc « la nuit des longs couteaux » ?
Zoomons sur Manhattan : les négateurs s’activent sur le silence relatif autour de l’effondrement présumé en six secondes de la tour WTC 7, destruction jugée incompréhensible compte tenu des dégâts subis mais logique au vu des bureaux qu’elle abrite (la CIA y avait un quasi étage pour des opérations de renseignement sur l’ONU). Le dynamitage de l’immeuble aurait donc été commandité pour effacer les traces du complot organisé à partir du 25e étage. La focalisation des négateurs sur cet immeuble était nécessaire pour finaliser l’aval de leur scénario hollywoodien. Les méchants, après leur méfait, liquident toutes les traces ; l’immeuble en lui-même n’est pas un symbole signifiant (sa destruction est occultée et minorée par celle des tours jumelles [10]) et c’est justement sa relative banalité qui en fait le point focal d’où va remonter, à rebours, l’enquête des négateurs. Après avoir balayé la thèse officielle d’une chute liée à de puissants incendies en choisissant avec soin images et témoignages subjectifs [11], les négateurs obligent le naïf à se poser la question « pourquoi aurait-on dynamité cet immeuble qui n’est pas un symbole fort de la puissance américaine ? » et donc en déduire la trame du complot par emboîtement démonstratif. Revenons au coup de balai.

Questions :
- Les négateurs évoquent une chute de six secondes forcément imputable à un dynamitage par le bas. Tu as deux documents à ta disposition. Une étude retraçant la destruction du WTC 7 et une vidéo sous un angle omis par les négateurs. Lie les deux documents, déduis-en le point de rupture de l’édifice et compte les secondes !
— Les négateurs évoquent que, vingt minutes auparavant, les témoins, journalistes, pompiers auraient été avertis de l’imminence de l’effondrement de la WTC 7 et en déduisent sa programmation par dynamitage.
— Est-ce logique qu’un complot puisse permettre une telle fuite pour épargner des vies alors qu’il serait déjà responsable de milliers ?

WTC7graph-e4fc0.jpg

3. Les comploteurs s’enrichiraient sur le dos des comploteurs

Les négateurs s’appuient également sur une interview en direct (?) d’une journaliste de la BBC annonçant que la WTC 7 est détruite alors qu’elle est encore nettement visible en arrière plan [12]. En fait la chaîne britannique évoque également la destruction prématurée d’autres bâtiments dont le One Liberty Plaza (en vérité, seulement endommagé). Après l’effondrement imprévu, spectaculaire, des deux tours principales du WTC, les rumeurs et informations plus ou moins vérifiées émanant d’une ville en état de choc abondent sur la destruction prochaine, avérée, logique, des autres structures lourdement endommagées et sont relayées par des journalistes très éloignés de la zone du WTC, souvent incapables de vérifier leurs informations, le tout dans une grande confusion. Mais les négateurs continuent de se focaliser sur le WTC 7, crient au scandale que sa destruction soit passée sous silence et oublient eux-mêmes les autres immeubles détruits ou abîmés, notamment le One Building Plaza (abritant les ressources en serveurs du Nasdaq et des bureaux de la prestigieuse banque Goldman Sachs). Quant aux tours du World Financial Center, sièges sociaux de grandes sociétés de courtage, d’assurance, de banques, rien. Leur atteinte a fragilisé les sociétés symboliques du grand capital honni. Pourquoi une telle occultation ?

D’aucuns reviendront sur le soupçon de délits d’initiés qui aurait précédé les attentats, 10 millions de dollars misés sur la baisse de valeurs ciblées, dont une des firmes bancaires précitées et surtout les deux compagnies aériennes (American Airlines et United Airlines) dont les Boeing serviront lors des attentats. Après épluchage des données par les autorités de régulation, tant américaines qu’européennes (la majeure partie des transactions a été conduite par la société Alex Brown, filiale américaine de la Deutsche Bank et des firmes françaises – dont l’assureur Axa - auraient été anticipées en baisse), les rapports respectifs ont conduit à l’impossibilité de prouver un quelconque délit d’initiés. Pour les négateurs, cette conclusion est invraisemblable même si elle n’émane pas uniquement de l’Etat américain, elle prouve la collusion du « grand capital international » et la complicité des Etats occidentaux. Inversement, il est quasi impossible de voir un commanditaire terroriste à cette action boursière statistiquement suspecte, les opérations transitant par une multiplicité d’acteurs financiers sur des plateformes territoriales où le secret bancaire fait loi (paradis fiscaux, Suisse…). Il est tout de même singulier de voir la rareté des discours évoquant la possibilité qu’un réseau terroriste puisse s’abreuver à la source de ce qu’ils – selon les occidentaux – dénoncent et prennent pour cible. Il est vrai que dans l’esprit des négateurs, il ne saurait y avoir un Al Qaida désintéressé du grand capital dans la mesure où il y aurait « toujours » collusion d’intérêts entre la nébuleuse, son chef et certaines sociétés proches du clan Bush [13].
Cette impossibilité de mettre une figure dans ce qui symbolise ici la mondialisation financière et ses dérives, fortifie la théorie d’un complot mené par des forces que les négateurs s’évertueront naïvement à vouloir démasquer (ou à inventer).

Questions faciles sur une firme idéalement détestable :
La société Merrill Lynch, 3e banque d’affaires américaine, a été durement éprouvée par les importants dégâts de la tour WFC 4 (7 semaines de quasi inactivité) et sa quasi faillite actuelle y trouve une de ses origines [14].
— Aurait-il échappé aux comploteurs que leurs attentats minutieusement préparés aient pu réduire à néant l’outil d’enrichissement de leurs commanditaires (je rappelle que ce sont les puissances de l’argent agissant évidemment dans l’ombre et qui mieux que Merrill Lynch ou Goldman Sachs les représentent) ?
— Merrill Lynch et Goldman Sachs furent deux des principaux bailleurs de la campagne présidentielle de George W. Bush. Le complot est-il, pour ces deux établissements, un bon retour sur investissement ?
— Après les attentats, le même Merrill Lynch a subit d’importantes prises de bénéfices par des opportunistes anonymes ayant misé sur une baisse imminente du cours de l’action. Comment expliquer que cette société, principal donateur de la célèbre fondation « Hoover institution [15] », proche des néoconservateurs, eut pu pâtir d’une position enviable, dans le giron du pouvoir et de ceux que les négateurs ciblent comme comploteurs ?

II. Les Etats-Unis ne seraient pas une démocratie

1. Un pouvoir inféodé aux puissances de l’argent rendrait possible le crime contre l’humanité

pieuvre-a74ee.jpgChez les négateurs, trois groupes d’acteurs sont discernables : à la base, les puissances de l’argent (multinationales, fonds d’actionnaires, grandes fortunes, etc.) – actives via leurs relais politiques (élus) et groupes de pression biaisant les trois pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, complices et vassaux, susceptibles de mettre en œuvre des politiques subversives, aliénant le cadre institutionnel démocratique, trompant à la fois la nation hôte et la communauté internationale en dévoyant les valeurs morales, principes fondamentaux qu’une hyperpuissance se devrait d’ériger en modèle.
Dans le discours des négateurs, le schéma est simple : le crime de masse est possible dans une optique où le pouvoir échoirait à une puissance (groupe d’intérêts) majeure, stigmatisée militaro-pétro-industrielle omnipuissante et prête à tout pour asseoir durablement son pouvoir en dirigeant les marionnettes aux commandes par le biais d’une oligarchie cynique. La mondialisation fait revivre le vieux fantasme des « maîtres du monde » qui, dans un même élan, useraient la démocratie. Le mal ici n’est protéiforme que dans ses actions mais uniforme dans sa volonté. Forcément, ces forces délétères produisent ce que le commun réprouve (armes) et détruisent ce que nous désirons conserver (le vivant, les ressources à partager). Il s’agit donc de pondéreux, du létal, de l’implacable, de quoi faire une guerre et de s’approprier le pétrole ou l’eau. Il peut sembler curieux et enfantin que d’amener coûte que coûte ce poids économique uniforme, très ciblé, pesant sans contrepoids dans la balance des décisions politiques. Cette conception rapide est symptomatique de plusieurs choses :
Il n’y a pas un monothélisme économico-financier que l’administration américaine pourrait satisfaire. Pour les négateurs, il s’agit de la mainmise sur le pétrole afin de perpétrer un modèle de production (les armes pour y parvenir) et un modèle de consommation (des hommes pour les amadouer). S’ensuivrait un accord tacite des majors, des armuriers pour projeter leur volonté (thêlema) sur le monde. C’est loin d’être le cas et on se demande encore pourquoi l’énorme contrat d’avions ravitailleurs de l’armée américaine a récemment échu à EADS allié, il est vrai, à Northrop Grumann. Boeing n’a sans doute pas eu la chance de faire partie du complot… à l’inverse de qui dit le ladre ? Michelin bien sûr ! [16]. Les négateurs devraient nous renseigner sur ce point : Clermont-Ferrand ? Oui, tout vient de là, on attend la destruction imminente de la cité pour faire disparaître les preuves.
L’occultation de l’hétérogénéité du polythélisme économico-financier montre combien la mondialisation et la globalisation ont forgé la perception d’un univers de marché où l’économie domine le politique à un niveau où l’incapacité d’en percevoir les acteurs et les responsabilités amène :
— À en fantasmer les « tireurs de ficelles », à donner corps au cloisonnement des intelligences et des acteurs à la fois divergents et complémentaires sur des échelles territoriales et temporelles multiples.
— À relativiser voire à renier la puissance des acteurs politiques, du local à l’Etat jusqu’à l’international (les IFI).
— En rétroaction, à redonner sens à l’Etat affublé de ses acteurs économiques et politiques allant dans le même sens complice, ce qui est quasi révolu.

« De nos jours, la puissance du pétrole a remplacé le pouvoir des gouvernements libéraux », constatent les négateurs. Il y a plus d’un siècle, un livre de triste mémoire [17] avait remplacé le mot « pétrole » par l’or. De même que le Juif était le symbole du symbole aurifère à une époque de bouleversements, c’est aujourd’hui le néoconservateur (figure plus complexe mêlant le juif [18], le grand capital et la force politique d’un Etat dont l’hyperpuissance ne rassure pas) qui stigmatise cette évolution nouvelle du capitalisme destructeur et aliénant. L’or s’est juste obscurci. Si les négateurs évoquent un nouveau totalitarisme, rappelons-nous qu’au sortir de la grande guerre, un petit caporal a radicalisé sa pensée après avoir lu ce même livre [19]. L’antiaméricanisme primaire est figuré par tout ceux qui sursautent aux mots « libéralisme » et « capitalisme ». Ces gens pavanent sur des blogs d’où émergent au mieux un chomskysme, au pire un cryptotrotskysme de salon, kystes virulents dont le discours hasardeux nous ramène autant à la guerre froide (voir ci-dessous) où l’Américain était impérialiste et fasciste, qu’à un marxisme tiers-mondiste où la lutte contre l’oppression a quasi remplacé la lutte contre l’exploitation. Les haines se déploient sur le fantasme, les peurs que la mondialisation et le capitalisme font – à juste titre - naître sans pour autant en apporter un remède, ce qui conforte une position politique extrême qui n’existerait pas sans ce qu’elle dénonce. À ces thuriféraires de faire en sorte qu’elle perdure.

Chose amusante, après la seconde guerre mondiale, les Soviétiques avaient fait pression pour réduire la définition juridique de crimes contre l’humanité (intégrant celui de génocide) aux crimes hors qualificatif économique (ce qui les protégeait de toute plainte de cet ordre au sujet de l’extermination des koulaks). C’est pourtant cette même voix idéologique communiste (et totalitaire par le soviétisme) que je retrouve chez bon nombre de négateurs, reprenant le vocabulaire utilisé par la doctrine Jdanov de 1947 à l’encontre du nouvel ennemi américain : impérialiste [20], fasciste, antidémocratique.

2. La parenthèse néoconservatrice

Les négateurs perçoivent donc un totalitarisme qui se cristalliserait par la manipulation de l’opinion, son endormissement, le mensonge d’un Etat et le crime de masse contre sa propre population sacrifiée à l’autel du libéralisme outrancier. L’appel au passé leur sert de preuve à charge en évoquant des précédents : Retenons la thèse de l’assassinat de J-F Kennedy par l’appareil industrialo-militaire afin d’engager le pays au Vietnam et d’accroître les dépenses militaires, un des scénarii complotistes notamment mis en scène par Oliver Stone dans un film à succès. Mais les négateurs ont leurs têtes, celles qui forment le maillon entre les puissances de l’argent et le pouvoir politique, ce lien renforcé, inédit, qui, dans leur discours, aura donc pu permettre le crime de masse. Trait commun de tous les sites pointant le complot, la présence vilipendée de Rumsfeld, Wolfowitz, Cheney, etc. Ils sont la figure honnie du complot, sans doute parce que ces personnages y sont prédestinés par l’image et les idées qu’ils véhiculent aux yeux de non-américains.
Les néoconservateurs [21] forment donc une clique détestée. À vrai dire, le sens (historiquement contextualisé) du mot « néoconservateur » échappe à bon nombre et est source de certains préjugés fâcheux. Les négateurs auront observé l’origine sémite d’une part importante de leurs membres ; de là, le lien est rapide avec une intelligence CIA/Mossad et la rumeur autour du faible nombre de victimes juives lors des attentats (nous en reparlerons). Ces défenseurs d’Israël (qui ne sont pas tous juifs) ont forgé leur idéologie dans les années 70, interpellés par la menace permanente d’états autoritaires [22] soutenus par l’ennemi soviétique sur une démocratie du Proche-Orient. Ils étaient alors démocrates, viscéralement anti-communistes et viendront ensuite insuffler la notion d’ « Empire du mal » au républicain Reagan.
Depuis 2001, la présence de deux générations de néoconservateurs dans l’entourage de G.W Bush remet en selle ce mouvement qui connut une traversée du désert sous G.H Bush (dont la politique est souvent et à tort amalgamé à celle de son fils) et W. Clinton. Ainsi, les néoconservateurs jugèrent négativement la volonté, en 1991, de laisser au pouvoir un Saddam Hussein qui massacrera chiites et Kurdes en révolte. La croisade démocratique n’étant pas menée à bout, la conviction des néoconservateurs à intervenir en Irak date du milieu des années 90 et s’inscrit dans une frustration et un discours que les attentats du 11 septembre revigoreront (en cela dopé par la lutte contre le terrorisme) par le biais de ce que Pierre Hassner a décrit comme un « wilsonisme botté ». Cette expression judicieuse cristallise la volonté d’apporter au monde la démocratie par la force si nécessaire ; cette idéologie est dénoncée comme impérialiste ce qui, en essence peut être correct (le côté missionnaire [23], le désir d’ingérence, la maîtrise des mers, etc.), mais inexact dans les formes d’exploitation qui peuvent suivre si on les compare à ce qui a déjà existé dans les empires français et anglais) et c’est là où le bât blesse :
Chez les négateurs, je n’ai jamais lu les arguments que je viens de développer autour de cet idéal démocratique - que l’on peut certes qualifier d’outrancier – et qui avait induit un célèbre livre de Fukuyama (qu’ils devraient lire) ; pis, leur désir de mêler coûte que coûte cet impérialisme d’Etat avec un salmigondis mêlant mondialisation/ultralibéralisme/intérêts privés – toujours compris comme mauvais - et de prouver la collusion d’un pouvoir corrompu, faussement démocratique, prêt à tout pour asseoir des « colonies d’exploitation [24] » administrées par des firmes liées fausse grandement la réalité.
Les dérives existent. Les firmes proches du pouvoir adjudicateur (tel secrétaire d’Etat est membre d’un cabinet d’administration) peuvent avoir des contrats juteux en utilisant à escient le code des marchés publics américain et ses clauses, par exemple, de non-concurrence [25]. Elles sont dans la légalité. D’autres contournent la loi (cas d’Halliburton, un des fournisseurs de l’armée américaine, lui surfacturant ses services et dont le vice président Dick Cheney avait des intérêts substantiels) mais leurs pratiques frauduleuses sont généralement assez rapidement cernées et dénoncées soit par les médias, soit par des groupes d’intérêts concurrents ou d’opinion, soit par les commissions du Congrès ou le FBI. Le système américain, très ouvert, fait qu’il y a une conscience aigüe de la part des firmes d’être ciblées et leurs représentants mis à l’index, voire emprisonnés (ce qui est loin d’être le cas en Europe !) mais les procédures sont fort longues et l’accès à des marchés difficiles et lucratifs est à ce prix. Si l’on considère attentivement les critiques pointées par la classe politique sur les comportements suspects des firmes et de leurs relais au sein du pouvoir, on s’apercevra qu’elles portent sur la moralité, l’atteinte à la Constitution et à la libre-concurrence, soit des aspects incertains pour les non-Américains.
Halliburton a profité de la reconstruction en Irak mais également en Louisiane (qui a comploté l’ouragan ?) et de la fièvre mondiale autour de la quête de nouveaux gisements d’hydrocarbures. La majeure partie de ses profits se fait dans les services pétroliers et contre son principal concurrent, le franco-américain Schlumberger (1er mondial), dans un partage du monde en zones d’influence. La focalisation de certains sur des sociétés emblématiques généralement américaines (on pourrait citer Monsanto, Exxon, Total étant une exception) amène à l’occultation des autres acteurs (européens, nippons, etc.) qui ne demandent pas mieux. Le choix partial et partiel de têtes de Turcs n’est pas innocent.

On serait donc amené à penser que le risque prit par un tel engagement des néoconservateurs vers « l’obscur » ne pourrait avoir, en contrepartie, qu’un allongement dans le temps de leur pouvoir dans l’ombre de la Maison blanche. En théorie cela se produirait ainsi en dictature (on me rétorquera que le crime passé en 2001 allait durer pour 7 ans ! Mais avec le second mandat de George W. Bush, la position des néoconservateurs est minimisée et la politique a pris un tournant largement moins unilatéraliste. Pour l’après Bush, le candidat républicain McCain est viscéralement anti-conservateur et ne s’en cache pas. Il faut percevoir la position prééminente de cette clique comme une parenthèse, sans doute aujourd’hui en voie d’être refermée pour un temps.

III. Le terreau de la négation

1. Remettre la négation américaine dans la vie politique du pays

J’ai précédemment évoqué un curieux sondage disant que 36% des Américains pensaient à une responsabilité de leur gouvernement dans les attentats. Ce chiffre, en apparence édifiant, a été largement utilisé par les sites négateurs afin de montrer la prégnance de leur discours chez une population en rupture avec des fondamentaux politiques de la clique au pouvoir. À vrai dire il n’est seulement significatif que de la sempiternelle insatisfaction que ressent une partie de la population vis-à-vis du mal incarné, soit l’Etat fédéral, toujours susceptible de fomenter un complot, là-bas, à Washington, « nouvelle Babylone », au point que les groupuscules, milices territoriales, sectes [26], églises, collectionneurs d’armes (etc.), foisonnent et témoignent de ce que Jimmy Carter nommait modestement « le malaise ». Il n’est compréhensible qu’en tenant compte d’un pays structuré par ses territoires et ses communautés aux jalouses prérogatives, libertés d’action définies par la Constitution. Il est préexistant au 11 septembre et est intrinsèque à l’implication fatiguée des citoyens dans la vie politique (élective) [27] de leur pays dont l’inertie des règles montre, selon André Kaspi, une « obsolescence ». On se souviendra de la candidature du milliardaire texan Ross Perot en 1992 et 1996, la première lui ayant amené 18% des suffrages et entrainé la défaite de G.H. Bush sur des paroles simples : « Le peuple américain est bon mais le gouvernement américain ne vaut rien ».
On pourrait, en parallèle, se risquer à mettre en évidence la méfiance des Européens envers « Bruxelles », sa technocratie éloignée des réalités territoriales, bouc-émissaire de bien des maux et dont les directives sont souvent incomprises et mises à l’index par nos politiques, dans une logique du refus de l’emboîtement et de perte de souveraineté (en rétroaction au couple globalisation/mondialisation et à ses dérives).
Tout interventionnisme de l’Etat fédéral, des « ronds de cuir » de Washington dans les affaires intérieures du pays provoque de sérieuses critiques et les discours des présidents américains ont souvent été dans le sens du « moins d’Etat » ; leur concrétisation n’a généralement pas été à la hauteur des attentes : R. Reagan a renforcé le rôle économique de l’Etat (par une politique quasi keynésienne de commandes publiques) et, plus récemment, G.W. Bush avec le Patriot Act [28], a suscité la détestation, non pas parce que cette loi tend à protéger la population du risque d’attentats potentiels en la privant de certains droits, mais justement parce qu’elle remet en question les principes de liberté auxquels les Américains sont attachés en les inféodant au bon vouloir d’un pouvoir éloigné et détesté. Pour certains (les libéraux), il vaut mieux affronter un éventuel danger plutôt que de reconnaître la légitimité d’un Etat fédéral plus fort, amenant à une bureaucratie pléthorique et inutile. Sécurité et liberté ne font là pas bon ménage et il n’y a qu’un pas pour amener à l’idée que les attentats du 11 septembre ont été perpétrés afin de renforcer ce pouvoir. Or, la pérennité de cette loi ne survivra probablement pas à l’après Bush et aux pressions conjuguées des lobbies libéraux, des instances judiciaires [29] et des pouvoirs territoriaux (de nombreuses villes et comtés la refusent). Dire qu’elle est le prodrome à l’établissement d’un totalitarisme montre combien le sens des mots peut être dévoyé et constitue une insulte aux victimes des régimes totalitaires passés et actuels. C’est également une preuve supplémentaire montrant l’incapacité, chez bon nombre, à comprendre l’histoire politique d’un pays par rapport à son histoire socioculturelle, y compris chez les premiers concernés (les Américains [30]) mais bien davantage ailleurs où l’on ignore, par exemple, que les Américains n’ont pas de carte d’identité ou que les contrôles de police ne s’exercent qu’en cas de faute probable et qu’il n’y a pas d’arrestation préventive. Le Patriot Act prend une autre dimension dans cette perspective.

Questions d’actualité :
- Le candidat démocrate Barack Obama (le préféré des Français) doit gérer les diatribes peu politiquement correctes de son mentor, le pasteur Jeremiah Wright, qui voit dans le sida un « instrument du génocide » voulu par le gouvernement contre les noirs. En preuve, il dénonce les agissements de l’Etat fédéral à Tuskegee (ville de l’Alabama où furent menées des expériences sur l’évolution naturelle de la syphilis entre 1937 et 1972) dans le cadre de ses sermons touchant une communauté territorialisée autour de son église, agissant comme un lieu où chacun est en droit d’avoir l’impression de faire partie de la majorité et où est expressément ciblé le mal. Lis ce qui précède et déduis-en ce « mal » ?
— Le pasteur Jeremiah Wright approuve la position complotiste. Montre en quoi sa position sur le 11 septembre découle d’un ressentiment culturel que les négateurs français ne mentionnent pas sur leurs sites.

— Le négateur [31] Bernat-Winter marquait récemment son scepticisme sur la possible arrivée au pouvoir de Barack Obama soutenu par Lee Hamilton (un des responsables du rapport officiel sur le 11/09) et qui serait donc peu à même de lever le voile sur le complot ourdi par l’entourage de son prédécesseur. Logique de la négation où tout pouvoir en place (peu importe la tendance affichée) sera corrompu par ses souteneurs. Raison d’Etat ? Renversons le scepticisme : le professeur Steve Jones, héros des négateurs, a soutenu le mormon républicain Mitt Romney, admirateur de Bush. Y vois-tu un paradoxe ou une normalité chez S. Jones ou D.R Griffin, hérauts dont la contestation a davantage une visée morale, religieuse (contre un Etat détestable qui aurait oublié Dieu) qu’une quête autour de la vérité historique pour défendre la vertu démocratique (j’évoque ce problème dans mon article précédent).
— 

2. Le discours des négateurs ou comment chercher la preuve dans une histoire linéaire ouverte aux rumeurs

Afin de prouver la capacité des gouvernants américains à s’automutiler, les négateurs mettent en avant un précédent, en évoquant une proposition d’action du Pentagone (le projet Northwood), présentée en mars 1962 à l’exécutif, en vue de perpétrer divers attentats contre les Etats-Unis, prétexte à une intervention militaire contre la menace cubaine. Je ne reviendrai pas précisément sur le contexte d’une période où la guerre froide bat son plein, où les concepts d’emploi de l’arme nucléaire prévoient des scénarii [32]impliquant des pertes considérables au sein de la population américaine, et que la doctrine « d’équilibre de la terreur » ne prendra réellement corps qu’après la crise de Cuba (automne 62). À chacun de s’informer sérieusement sur cette période [33]. Ce que les négateurs omettent de dire c’est pourquoi ce plan d’automutilation n’a jamais été permis par l’exécutif américain (qui a régulièrement demandé au Pentagone et aux services de renseignement un éventail large de propositions, des plus diplomatiques aux plus lourdes et coercitives selon les crises à dénouer) et que la connaissance même de l’existence de ce plan a été permise par l’administration américaine qui fonctionne, me semble-t-il, selon les principes d’une démocratie (car elle rend des comptes) et non comme un régime totalitaire ! L’armée est inféodée au pouvoir politique et quand Truman limoge MacArthur en avril 1951 c’est bien parce que ce dernier désirait utiliser l’arme atomique contre la Chine populaire engagée dans le conflit coréen. De même, pour l’incident du Golfe du Tonkin, en 1964, les négateurs y voient – dans le mensonge de l’exécutif américain - un parallèle avec l’interventionnisme post 2001 : pour sortir de leur caricature, je les invite à lire cette note de l’Institut de Stratégie Comparée. Je ne peux dire mieux.

Si la guerre du Vietnam fut le creuset de bon nombre de rumeurs autour de l’idée du complot, il est intéressant de voir que les négateurs y prennent appui tant ce conflit marque une modification majeure de la perception occidentale de l’ennemi : la guerre devient « sale », l’ennemi rusé est doté de pouvoirs considérables et le discours rumoral devient, selon Emmanuel Taïeb, double : « Manifester un certain désespoir contre un ennemi malin et inusable, mais en même temps se donner du courage et de l’honneur à affronter un ennemi aussi puissant et difficile à battre ». Depuis (et c’est lié à l’émergence de le « troisième voie » de la décolonisation, innervée à Bandoeng), il me semble davantage que l’ennemi est celui qui, dans sa puissance brute, ose affronter le plus rusé ; ce renversement semble imposé par l’asymétrie des forces et l’incompatibilité des buts de la guerre. Sur les campus américain le Viêt-Cong sera défendu comme celui qui aura su, avec sa ruse, ses faibles moyens et son idéologie, résister à la lourde, pataude et violente Amérique. Cette résistance dans ce cadre précis est permise par la démocratie américaine permettant aux contre-pouvoirs d’exister et de se faire entendre. Ce schéma se perpétue aujourd’hui.
Autre appel au passé, et pas des moindres, l’idée rémanente que le gouvernement américain aurait sacrifié sa population lors de l’attaque – prévue - de Pearl Harbor du 07 décembre 1941 afin de réveiller un pays tapi dans sa léthargie isolationniste depuis la fin de la 1re guerre mondiale. Le passé expliquant le présent dans une même logique sacrificielle. Notons une rumeur qui était associée à cet évènement (mais la logique est ici inversée), soit que la population japonaise de l’île, avertie, aurait pris les dispositions nécessaires, les mêmes que les prétendus 4000 juifs de New-York s’en sortant à bon compte en allant pas travailler, prévenus par un Mossad complice.
L’origine de cette dernière rumeur largement mise en avant par les négateurs (dont l’ancien ministre Ouest-Allemand, Andreas Von Bülow [34]) trouve son origine dès le 17 septembre par la chaîne de télévision libanaise Al Manar contrôlée par le Hezbollah. En vérité, 400 victimes des attentats étaient juives (l’importance de cette rumeur ignoble ayant amené à un décompte). Vieilles aigreurs antisémites... France moisie.
En ce qui concerne l’éventualité d’un complot au sujet de Pearl Harbour [35], on pourra se référer comme résumé à l’excellent – ça arrive plutôt rarement - article de Wikipédia (dernier paragraphe) et envoyer paître qui de droit. Autrement lecture de Liddell Hart pour ceux qui pensent que l’absence des porte-avions de l’US Navy était délibérée, que les Japonais ont fait exprès d’éviter les importants stocks de mazout laissés intacts et dont la destruction aurait immobilisé la flotte pour de longs mois…

3. Le retournement des médias

Les négateurs s’accordent à dénoncer leur cloisonnement dans ce qui ne relève pas des mass media, à subir le désintérêt des rédactions qu’ils jugent inféodées au pouvoir. La parole serait cloîtrée dans un mélange de bien pensant et de pure censure qui ne permettrait pas au discours alternatif d’être relayé par l’action citoyenne, entendue comme globalement désinformée, et de pousser à l’éclosion de la vérité. Aussi Internet apparaît à la fois comme un espace de relégation et de libre expression, capable de se déployer sans entraves (avec une inquiétude permanente sur sa finitude). A fortiori, tout obstacle à cette « pleine liberté » est perçu comme scandaleux, preuve d’une volonté obscure de contrôler une expression citoyenne gênante (elle dirait donc le vrai), premier pas vers le totalitarisme et le contrôle des esprits.
A contrario, les médias dits de masse (et il faut entendre ici la sainte télévision car après tout les négateurs offrent de l’image) seraient inévitablement soumis, exutoires des versions officielles où la vérité (le complot) ne pourrait sourdre. Leur complicité serait à ce titre avérée, les chaînes étant généralement la propriété de sociétés représentatives du grand capital ou d’Etats (retour de l’ORTF ?). Dans la mesure où les négateurs ne voient pas leur discours relayé à la télévision, ils dénoncent la sclérose de l’information dans une démocratie épidermique où il est plus prudent d’abreuver et endormir le spectateur d’un discours officiel qui serait convenu mais mensonger.
Pourquoi diable les négateurs n’arrivent-ils pas à instiller leurs idées dans les émissions du petit écran ? Y aurait-il un tabou qui empêcherait la connerie de s’exprimer sur les plateaux ? Cela se saurait. La place du discours des négateurs est proportionnelle à celle, infime, généralement accordée au 11 septembre qui n’intéresse pas plus que ça la populace. Misons sur un prochain « Le 11 septembre pour les Nuls » (quelqu’un dirait « pour les ladres »). Pourtant, il serait nécessaire de contrer les affirmations des négateurs via la puissance de ce média, autrement que par les shows du type « L’on vous cache tout » faisant la part belle aux rumeurs/marketing juteuses et ne permettant pas un débat abouti ; mais que l’on ne s’y trompe pas, la force de la pensée négatrice – souvent politique - est de s’instiller dans un discours qui d’emblée refusera le cadre du débat qui lui est offert, jugé corrompu, rendant dès lors toute discussion argumentée impossible. Au contraire, elle s’y confortera en retournant bien vite dans l’espace constructiviste et nourricier du net, seul havre de liberté. Néanmoins, le jeu médiatique actuel qui élude la question négatrice (sauf pour la transformer en clownerie) est symptomatique d’un discours latent où toute forme de révisionnisme est punissable et malvenu. En France, les lois mémorielles, depuis 2001, évincent tout débats, réfutations publiques possibles et confortent les négateurs - qui ont beau jeu de pointer les mesures liberticides dont ils seraient les victimes - relégués sur Internet ou les amenant à accepter l’invitation calculée de régimes douteux et protecteurs [36].

IV. « La CIA a organisé les attentats, Les forces malignes américaines font la guerre pour le pétrole »

1. Un outil fantasmé qui manipulerait sa créature : Al Qaida

Outil fantasmé par les négateurs qui le mettent en avant en amont de leur scénario, la CIA aurait organisé les attentats du 11 septembre et manipulé l’opinion en rendant Al Qaida et Oussama Ben Laden comme responsables visibles, alors que ce dernier serait l’allié et le protégé fidèle de l’agence depuis trente ans. Ce faisant, les négateurs surestiment la capacité de l’agence tant à être aux ordres de l’exécutif Bush (elle serait ainsi l’outil des forces malignes) que dans sa capacité purement opérationnelle, du renseignement au terrain. En prenant également le passé comme témoin du mariage entre les intérêts américains et Ben Laden, ils figent leur attention sur un moment donné de l’histoire et créent un discours que l’on pourrait qualifier d’antéchronique, dès lors qu’une situation passée ne peut être que l’unique clé de compréhension du présent.
La CIA a hérité de la guerre froide ce qui, pour les Américains, a fait plier les Soviétiques, constituant depuis une doctrine où se focalisent tous les moyens et tous les espoirs : la supériorité technologique (de ce postulat de puissance, il suffit de voir combien les séries, films, le mettent en exergue, focalisant l’attention du spectateur sur du rétinien largement exagéré, écrans plasma, bruitages et photos satellite). Cette focalisation l’a rendue dépendante de la NSA, l’agence concurrente chargée des écoutes (réseau Echelon), qui a refusé – pour des raisons de concurrence - de partager les enregistrements des terroristes présumés. De même, la CIA savait la présence de certains membres des commandos du 11 septembre sur le sol américain (avertie par les services allemands et français) et n’a nullement alerté le FBI de leur présence… On perçoit ainsi la mésentente entre des services diversement inféodés aux sphères du pouvoir et la prise de risque fébrile de leurs directeurs quand ils doivent prouver leur efficacité.

Curieusement, cette techno-science sur laquelle misent tant les Etats-Unis et qui est objet de fantasme chez les négateurs est une des causes du brouillage entre guerre et terrorisme [37]. La bombe sale, le piratage des réseaux, l’incubation de virus informatiques, sont les nouvelles menaces dont la dangerosité peut être partagée avec les hoax, rumeurs, propagande insidieuse que colportent négateurs et terroristes sur le même réseau, avec plus de ponts, de tentatives de récupération que l’on ne pense. Cet extraordinaire espace de liberté que les Etats-Unis ont créé (il faut le rappeler, Internet est à l’origine Arpanet, une création militaire pendant la guerre froide bénéficiant du soutien de la CIA qui y voyait un réseau d’échanges inviolable !) sera probablement le futur vecteur du techno-terrorisme, peu gourmand tant en moyens technologiques (un ordinateur peu suffire) qu’en matière grise (un bon mathématicien) qui rendra, qui sait, les attentats du 11 septembre 2001 comme un des derniers fleurons du terrorisme conventionnel, ce dont je doute. Une des

forces des attentats de New-York, de Londres, de Madrid (il est décidément temps que les négateurs nous parlent avec précision de ces autres complots !) c’est le spectacle qui en résulte.
Ce qui est néanmoins sûr c’est la méfiance de l’administration Bush envers la CIA dès son arrivée au pouvoir en janvier 2001 et le renforcement de la puissance de la DIA (service de renseignement du Pentagone). Porter J. Goss, dénonçait en 1997 devant la commission du Congrès pour le renseignement que « la plupart des cadres de la CIA étaient des incompétents, des inexpérimentés, ne connaissant rien des pays où ils étaient envoyés en poste et n’en parlant même pas la langue ».

Les négateurs voient dans la cellule terroriste d’Al Qaida, des pantins de la CIA. Voyons les aspects qui rendent l’argumentation de ces sires illusoire.
Opter pour cette allégeance revient à minimiser la puissance à la fois doctrinaire et opérationnelle de la mouvance islamiste, qu’elle soit effectivement d’Al Qaida (rare) ou qu’elle s’en croit digne (les attentats de Londres sont le fait de terroristes se réclamant d’Al Qaida). Bien des négateurs n’arrivent pas à concevoir la dissymétrie des forces en présence (voir mon article précédent) et surestiment, par exemple, le programme Echelon et la capacité des Etats-Unis à être renseigné de tout sur tout et de répondre immédiatement avec les moyens surdimensionnés et imparables que leur puissance technologique permet. Belle et clinquante théorie qui s’écroule quand l’on sait qu’en 2001 le FBI n’avait que deux agents opérationnels parlant arabe, dont Ali Soufan, trop tardivement mis au courant par la CIA que deux des kamikazes étaient sur le territoire américain depuis vingt mois. La majorité des informations sur Al Qaida venait via les agents français et anglais infiltrés depuis longtemps dans les diverses mouvances islamistes (algérienne par exemple), et plus récemment au Pakistan, la DGSE et le MI6 ayant pris la mesure de leur dangerosité dès le début des années 90. N’oublions pas le détournement par le GIA, en décembre 1994, du vol AF 8969 qui s’était envolé d’Alger avec pour dessein supposé de s’écraser sur la tour Eiffel, et l’assaut du GIGN à Marseille qui y mit fin.

Que les négateurs en viennent à minimiser la capacité de nuisance des groupes islamistes, voire à la réfuter n’est nullement surprenant tant cela corrobore plusieurs phénomènes observables où le bien-pensant de nos démocraties s’accorde à dire que le petit a toujours raison et qu’il doit être défendu. Aussi, les rapports de force deviennent vite duals : le fort contre le faible.
— Ainsi, le négateur soutiendra la cause palestinienne et s’opposera à l’action coercitive des forces (supérieures) israéliennes perçues comme impérialistes. Dans cette logique, le Hamas se révèle lui aussi sympathique. L’idée (marxiste) étant que la légitimité politique de ce groupe démocratiquement élu à l’Assemblée de l’autorité palestinienne naît de la pauvreté amenée par Israël. C’est en partie vrai mais cela n’absout pas l’idéologie et le projet politique véhiculés par le cheikh Ahmed Yassine (projet qu’Al Qaida ne dispose pas). Quant au lendemain du 11 septembre, les télévisions montraient des scènes de liesse dans les territoires occupés, on a assisté à un dilemme de la part des rédactions, oscillant entre une représentation contemporaine d’un peuple opprimé qu’il faut soutenir et la manifestation primaire de l’anti-américanisme. Bien des journaux ont préféré occulter cet état de fait. Si l’on regarde les études de la Ligue des Droits de l’Homme sur la Palestine, on se rend compte de cette complaisance pour le faible et la difficulté à faire la part des choses.
— L’action unilatérale menée, en 2006, par Israël au Sud Liban (et qui fut à juste titre dénoncée) a rendu légitime, pour beaucoup, la réponse « défensive » du Hezbollah comme si ce groupe terroriste – soutenu par l’Iran et la Syrie – défendait honorablement sa terre (?) contre l’ingérence de l’allié du détestable oncle d’Amérique. L’échec israélien fut à demi-mot salué en Europe occidentale et l’idéologie du Hezbollah éludée. Le petit avait mis en échec le fort, de quoi conforter notre imprégnation égalitaire. Une victoire de la démocratie ? Les Etats-Unis sont une hyperpuissance sans égal bien que de beaucoup fantasmée. Le problème est là.

À bien des égards, la virtualité d’Al Qaida, structure libérée de contraintes étatiques, à une époque où l’Etat-Nation est dénoncé comme cadre de référence politique, est en phase avec la floraison des théories du complot diffusées sur Internet. Cette utilisation commune du même vecteur a pu amener à de fâcheuses rumeurs (hoax) dont celle – je le répète - sur l’absence suspecte des Juifs sur la liste des victimes du 11 septembre, impliquant donc le Mossad dans le complot aux côtés de la CIA, allégations bien souvent reprises par les négateurs occidentaux. C’est un rapprochement nouveau.

Questions sur les relations entre Ben Laden et la CIA :
Si Ben Laden a été l’allié des Moudjahidines – et donc des Etats-Unis - dans leur lutte commune contre l’URSS après l’invasion de l’Afghanistan en 1979, pourquoi l’ancien allié serait-il devenu le nouvel ennemi ? Pour t’aider dans ta réponse, voici quelques idées :
— Les Moudjahidines ne sont pas des Talibans. Les premiers se battaient pour une visée nationaliste (1979-1989), les seconds pour une visée religieuse, fondamentaliste (1994-aujourd’hui).
— La fin de la guerre froide, le dialogue entre l’URSS et les Etats-Unis, et la guerre du Golfe en 1991, amènent la conversion de Ben Laden aux idées djihadistes d’Ayman al-Zawahiri dénonçant la présence hérétique des Américains en Arabie [38].
Pourquoi les services occidentaux qui auraient eu plusieurs fois, depuis le 11 septembre, l’occasion d’en finir avec Ben Laden n’en ont-ils pas reçu l’ordre ? Tu en déduiras pourquoi le FBI ne recherche pas le barbu pour les attentats du 11 septembre. Derechef, quelques idées pour t’aider :
— Après l’invasion du sanctuaire territorial d’Al Qaida que constituait l’Afghanistan, l’organisation s’est dispersée dans le sanctuaire virtuel que constitue Internet. Cette déterritorialisation amène à l’idée que le rôle opérationnel de Ben Laden est infiniment moins important que sa fonction de rayonnement.
— Une mort en martyr ne pourrait que renforcer son aura à l’instar de Che Guevara [39] et en rien réduire l’action de groupes se réclamant d’Al Qaida qui fonctionne, de plus en plus, en mode décentralisé où seul s’en réclamer prime (Al Qaida est devenu une référence, un appel, une méthodologie, une fierté).
— Pour la mise en place des attentats du 11 septembre, l’organisation et le choix des cibles échut à Mohammed Atta, architecte et possesseur d’une thèse sur les buildings (études en Allemagne) [40].

Questions sur les relations entre la CIA et la troïka néoconservatrice :

— Comment la CIA aurait-elle organisé un attentat aux ordres de l’exécutif républicain avec un directeur nommé en 1997 par un président démocrate ?
— Pourquoi les néoconservateurs Cheney et Rumsfeld (cibles préférées des négateurs) auraient-ils misé leur confiance sur la CIA alors que leurs relations avec l’agence sont détestables [41] et que les faucons n’ont cessé, depuis qu’ils sont au pouvoir, de la court-circuiter en donner les prérogatives du renseignement à l’armée ?
— Pourquoi les places à la direction du renseignement américain ont-elles vacillé depuis 2004, les intéressés refusant tous, soit de porter la responsabilité des allégations sur un Irak possesseur d’armes de destruction massive, soit d’assumer la direction d’une agence dont les employés refusent cette même responsabilité ? (Tu liras les mémoires de George Tenet (ancien directeur de la CIA) et prochainement les mémoires de… Donald Rumsfeld, remercié lors de la seconde mandature de G.W. Bush).

2. L’accusation de l’Irak de posséder des armes de destruction massives auraient donc fourni un prétexte aux Etats-Unis pour se tailler une colonie d’exploitation et piller le pétrole ?

Certains ergotent et ils aiment ça ergoter. S’accrocher – tels des lithophages [42] sur une frêle planche d’un radeau dérivant – à de la micro-information pour en faire la magistrale preuve du complot. J’ai même lu dans le commentaire (énième concrétion) d’un article plagiant un autre (c’est toute la force d’Internet) quelques bribes instillant médiocrement la « reality-based community » opposée à la « faith-based community » portée par Bush et s’offusquant de lire dans les propos d’un conseiller de la Maison Blanche : « We’re an empire now ». Voilà le mot qui fait mal. Mais toi le ladre [43], tu sais ce que c’est l’empire américain ? Cette notion ambigüe fondée sur la promotion d’un modèle de société, de valeurs qui n’est en rien comparable avec ce que les autres pays ont connu/connaissent, par leur histoire, de l’empire : la colonie de peuplement et l’exploitation des ressources. Sur la relation Etats-Unis/Irak :
— Amener à l’émergence (de gré ou de force !) d’un foyer de démocratisation au Proche-Orient qui permettra le réveil des peuples voisins.
— L’Irak a constitué pendant dix ans une incarnation insupportable de l’impuissance américaine à s’opposer au seul état arabe qui, par sa puissance politique (le parti Baas) et militaire (relative), était capable de réaliser une unité arabe de gré ou de force.
— Le renversement de l’Irak participe à la sécurisation de l’Arabie Saoudite par l’extérieur et à un positionnement entre les monarchies rentières du sud et le ventre mou de l’Asie Mineure au Nord où convergent, transitent d’importants pipe-lines.

Le renversement du régime de Saddam Hussein a rendu la potentielle exploitation du pétrole irakien par les majors bien plus problématique qu’elle ne l’était auparavant. Hormis qu’investir en Irak reste pour l’instant trop risqué à moyen terme [44] en raison de l’instabilité du pays, il faut briser cette idée répandue que la présence américaine rend possible la mainmise de l’or noir irakien par les compagnies américaines (élément clé du scénario des négateurs).
Tout simplement parce que le gouvernement irakien (composite et ethnicisé) n’est pas forcément à même de jouer le jeu des firmes multinationales. Ainsi la précédente guerre du Golfe, en 1991, n’avait pas ouvert le Koweït libéré aux firmes occidentales, loin s’en faut. Aujourd’hui, les seules compagnies installées en Irak sont modestes et… européennes car elles y étaient préinstallées avant le renversement du pouvoir. Seule major, Total, était déjà actionnaire de l’Irak Petroleum Company jusqu’en 1972 (date de sa nationalisation) et avait, du temps de Saddam Hussein en 1998, conclu des contrats d’exploration avantageux mais qui ont été depuis, très largement réduits avec le vote récent au parlement irakien de la loi sur les hydrocarbures qui cloisonne les compagnie occidentales dans le rôle de sous-traitants, facturant les opérations de prospection, de développement des puits et d’extraction. Opération juteuse mais qui ne correspond en rien à une mainmise des compagnies américaines sur la ressource pétrolière ! La logique des négateurs, pour le Proche-Orient, a trente ans de retard. Là encore, l’intérêt pour les Américains – comme pour les Européens, Chinois, Japonais et Irakiens – est d’assurer une stabilité de l’offre et de préparer un Irak, aujourd’hui sous exploité, à amener son pétrole dans un marché mondial. L’intérêt des multinationales, américaines ou européennes, c’est de facturer leur savoir-faire (cela va de l’exploration au transport) aux pays hôtes. Les multinationales se satisferont d’un pétrole cher (bien que leur responsabilité dans le prix du baril est minime) mais pas les Etats (hormis les producteurs) : les négateurs, idéologiquement, ne peuvent voir ces divergences d’intérêts.

Question de rattrapage :

— Montre à la fois le lien et le paradoxe entre les deux discours suivants : Un négateur va dire que le renversement de Saddam Hussein a uniquement pour visée la mainmise de ses réserves pétrolières ; Mohammed Atta, organisateur des attentats du 11 septembre, disait que Saddam Hussein était un comique créé par les Etats-Unis afin de leur donner une excuse pour intervenir au Moyen-Orient. Qui a raison ? (Ah oui, j’oubliais, Mohammed Atta est un agent de la CIA…). Mea culpa.

Suivront plusieurs études de documents.

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