Le capitalisme malade de sa monnaie

La crise de la Grèce n'est que le nième symptôme d'une crise générale causée par l'endettement de plus en plus incontrôlable que permet le règne de la monnaie de papier.

L'Allemagne se veut vertueuse et fait la leçon à la Grèce mais elle cautionne depuis quarante ans le système fondé sur le dollar de papier comme étalon universel. Et elle ne peut être championne à l'exportation que grâce à l'endettement des autres pays, à commencer par l'Europe, qui absorbe les deux tiers de ses marchandises exportées.

Les crises ne sont pas inhérentes au capitalisme. Elles sont une conséquence de la destruction progressive, depuis les années 1820, du régime naturel de la monnaie. Adam Smith a pu parler de la main invisible du marché parce que le capitalisme de son temps ne connaît pas de cycle: il dispose d'une base monétaire abondante, en argent et en or, qui convient à tous les types de transaction.

1821: la Grande-Bretagne abolit le bimétallisme. Il s'ensuit les premières crises de surproduction puisque la demande se contracte en fonction de la disparition de l'argent-métal. Pour compenser la disparition de la monnaie des transactions quotidiennes et de proche ou moyenne distance, on a tendance désormais à gonfler exagérément les instruments de crédit. L'autre moyen, pour la Grande-Bretagne, de s'en sortir est de faire passer par chez elle l'essentiel de réserve d'or du monde - au risque de vider l'Inde de son or, ce qui entraîne la ponction de l'argent-métal de Chine par l'Inde en compensation. Le drame de l'impérialisme est en marche.

Le système d'étalon-or permet certes une discipline monétaire louée par ses partisans. mais il a des effets déflationnistes réguliers qu'ils ne veulent pas reconnaître. L'émotion fondamentale, chez Keynes, le troisième fossoyeur du régime monétaire nécessaire au capitalisme après Ricardo (partisant du monométallisme) et Marx (le premier à repérer les crises cycliques sans en comprendre la cause), naît de la révolte contre l'injustice du régime monétaire imposée à l'Inde et à la Chine par l'Empire britannique.

1871: l'Allemagne et la plupart des grands pays se rallient au système britannique de monométallisme. Les crises cycliques s'installent définitivement.

1913: Les Etats-Unis créent la Federal Reserve. Ils commencent à thésauriser l'or du monde. le phénomène est accentué par la Première Guerre mondiale, qui fait affluer l'or du monde aux Etats-Unis. En retirant une partie de l'or du monde de la circulation internationale et nationale, les Etats-Unis privent en particulier l'Europe des moyens de faire redémarrer son économie après la Première Guerre mondiale. La crise de 1929-1931 est un résultat de l'asphyxie monétaire du monde, en particulier de l'Europe par la politique de thésaurisation américaine. Roosevelt parachève le phénomène en interdisant aux particuliers de posséder de l'or.

1944-1971: grâce au système de Bretton Woods, la plus grande partie de l'or thésaurisé aux Etats-Unis est progressivement remise en ciculation, fondant les Trente Glorieuses. La suite logique aurait dû être le retour généralisé au système de l'étalon-or. Mais les Etats-Unis préfèrent, devant la diminution de leurs réserves métalliques, couper définitivement le lien entre le dollar et l'or rétabli en 1944. et la communauté internationale exagère démesurément les effets déflationnistes de l'étalon or, au risque de le rendre responsable de la crise de 1929. Au lieu de revenir au monométallisme puis au régime monétaire naturel qu'est le bimétallisme, on inaugure le triomphe universel de la monnaie de papier.

Les Etats-Unis ont intérêt à créer des dollars en masse pour alimenter la croissance de l'économie mondiale. l'inflation des dollars en circulation ou qui affluent dans les caisses des banques centrales conduit à une inflation de toutes les monnaies de papier appuyées sur le dollar.

A partir de là, il y a trois catégories d'acteurs:
- les Etats-Unis qui peuvent, théoriquement, s'endetter sans limites.
- ceux qui respectent les apparences de la vertu dans un régime de papier monnaie incontrôlé (l'Allemagne)
- ceux qui s'endettent sans limites (la Grèce)

La France est partagée entre le parti des pseudo-vertueux et celui des "pousse-à-l'inflation". Le problème est double: les néo-marxistes et les néo-keynésiens se trompent sur toute la ligne; mais nous n'avons pas de vrais libéraux, qui comprendraient les conditions d'un retour à l'auto-régulation décrite par Adam Smith. Les libéraux eux-mêmes sont passablement déboussolés tant il est vrai que Smith lui-même ne comprenait déjà plus les fondements monétaires du capitalisme exposés par John Locke, dans les années 1690, dans ses Considérations sur la monnaie.

On ne résoudra pas la crise de 2007 et on ne mettra pas fin aux crises récurrentes du capitalisme si on ne réforme pas les fondements monétaires du système. Il faut revenir au régime naturel de la monnaie, le plurimétallisme.

La crise grecque n'est qu'un symptôme. Elle n'est aussi qu'une étape de la gigantesque crise du capitalisme provoquée par le règne de l'étalon dollar.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :