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Le système bancaire pour les NULS

Lorsqu'il s'agit de comprendre le phénomène de la création monétaire par le biais du crédit bancaire, la plupart des personnes qui ont au moins une fois entendu parler du multiplicateur bancaire s'imaginent que les banques qui reçoivent des dépôts de liquidité multiplient tout simplement cet argent en prêtant directement des montants supérieurs à ceux des dépôts, c'est-à-dire que si un client dépose 1000 sur une compte, la banque va prêter - disons - 10000. Historiquement, ce procédé a bien existé comme il est expliqué dans la partie suivante, mais il n'est actuellement plus réalisable depuis la mise en place de la comptabilité en partie double. C'est par un procédé quelque peu plus subtile et totalement incompris du plus grand nombre que fonctionne le mécanisme du multiplicateur bancaire. Par cette approche, nous allons tenter de comprendre comment fonctionne le système bancaire, et quelles sont les conséquences de son mode de fonctionnement sur l'économie toute entière, jusqu'à la remise en cause probable et définitive de la finance moderne basée sur la dette.

Origine du crédit

Il n'y a sans doute pas de moyen plus didactique pour appréhender le mode de fonctionnement des banques et les mécanismes du crédit bancaire que de visionner le film L'argent Dette de Paul Grignon, par exemple sur daily-motion.

Dans le système moyenâgeux et durant les siècles qui ont suivi, l'orfèvre recueillait les fonds des déposants, qui étaient à l'origine constitués essentiellement de pièces d'or. Les revenus des orfèvres étaient donc ceux de la location du coffre. Les déposants recevaient des reçus, qui furent rapidement échangés sur les marchés pour la valeur de leur contre-partie en or.

Mais comme les déposants ne se présentaient d'autre part que rarement, et jamais tous en même temps, pour retirer leurs pièces d'or, les orfèvres se sont mis à prêter l'or des déposants contre le paiement d'intérêts d'emprunt. Ces prêts étaient effectués non pas en or réel, mais également sous forme de reçus, qui étaient de mieux en mieux acceptés comme titres d'échange.

Face à l'enrichissement de l'orfèvre et à l'importance des prêts accordés, les déposants - qui ne pouvaient que constater que leur or était toujours dans le coffre de l'orfèvre - réclamèrent le paiement d'un intérêt sur leurs dépôts (au lieu donc de payer des "frais de garde locative").

Ainsi naquit le crédit, les dépôts des déposants étant rémunérés avec un intérêt plus bas que les prêts de l'orfèvre sur la base d'une différence de maturité des échéances de remboursement. Ce différentiel de taux en faveurs des échéances plus longues accordées par l'orfèvre lui permettaient de couvrir les frais de fonctionnement de son commerce ainsi que de réaliser un bénéfice.

Origine du taux de réserve bancaire

L'orfèvre ne pouvait qu'être insatisfait des profits qu'il était en mesure de retirer de cet arrangement compte tenu du montant limité des créances qu'il pouvait émettre.

Réalisant qu'il était le seul à savoir combien d'or était entreposé dans ses coffres, il entreprit de réaliser des prêts par l'émission de chèques garantis contre des quantités d'or qui n'existaient pas réellement, ou seulement pour une infime fraction des réserves qu'il détenait réellement en coffre, dans le but d'augmenter le revenu des intérêts perçus sur ses prêts.

Il inventait ainsi un système de réserves fractionnaires, émettant des emprunts pour un montant multiple du montant de ses réserves réelles.

L'importance des prêts et l'opulence de l'orfèvre qui en a résulté ont suscité des soupçons, ce qui amena des emprunteurs à demander des prêts en monnaie d'or, tandis que des déposants venaient récupérer l'or qu'ils avaient déposé chez le banquier, ce qui déclencha rapidement une ruée et la faillite de l'activité de l'orfèvre, conséquence inéluctable de tout système de réserves fractionnaires.

Origine du bilan comptable en partie double

Ces épisodes historiques de ruées bancaires était la conséquence d'un mode de gestion qui n'appelait aucune règle comptable précise, qui autorisait toutes les malversations possibles.

C'est là que trouve son origine en Europe à partir du XVième siècle la comptabilité en partie double, car elle implique que ce qui est crédité d'un côté doit être débité de l'autre, et par conséquent, un prêteur ne pouvait émettre de crédit au delà de ses capitaux disponlibles.

A l'origine, cette comptabilité en partie double ne prenait en compte au niveau de l'actif que les capitaux apportés par les membres fondateurs de l'établissement bancaire ainsi que par les fonds mis à disposition par les investisseurs en échange de titres de propriété mobilière (des parts de la société, ou des actions), procurant à ces derniers tout à la fois droit de regard sur les activités de la société, participation aux bénéfices, mais les conduisant aussi à partager le risque de l'activité.

Penchons nous donc rapidement sur la structure du bilan comptable en partie double. Pour faire le plus simple possible, dans le cas d'une banque, le bilan peut être présenté comme étant essentiellement constitué de quelques éléments caractéristiques. Dans sa conception d'origine, ces éléments caractéristiques étaient les suivants:

Bilan0.png

Du côté du passif, c'est-à-dire des sources de financements, on trouve essentiellement les capitaux propres (ou fonds propres) constitués par le capital en actions ou titres de propriété ainsi que par les résultats non distribués sous forme de dividendes aux actionnaires.

Dans ce concept de base, les dépôts des clients ne sont pas comptabilisés dans le bilan, au même titre qu'une banque ne peut à ce jour savoir quel est le montant des valeurs déposées dans les coffres individuels de ses clients. Le bénéfice de toute activité de garantie des dépôts des clients était donc rémunéré par le montant locatif de l'utilisation des coffres, ces revenus entrant donc pour la part qui n'est pas redistribuée dans le montant des capitaux propres de la banque.

Du côté de l'actif, qui constitue les utilisations du financement de l'entreprise, on trouve essentiellement les immobilisations mobilières et immobilières (c'est-à-dire tous les biens acquis par l'entreprise), les liquidités, et les créances vis-à-vis des clients et partenaires de la banque.

On se rend compte que le passif et l'actif devant s'équilibrer, la banque ne peut pas prêter plus que le montant de ses capitaux : car si les crédits représentaient un multiple des capitaux propres, la partie gauche enflerait de manière démesurée dans le bilan. Il faut donc que quelquechose entre d'un côté dans les capitaux propres pour qu'il puisse ressortir de l'autre sous forme de créances accordées aux emprunteurs.

Ce système est idéal dans sa conception, l'établissement bancaire respectant strictement ces règles étant totalement sous contrôle, dans l'impossibilité de pratiquer des malversations financières ou de détourner des ressources qui lui étaient confiées. Des exemples historiques de banques de dépôt fonctionnant selon ce principe honnête sont les Banques d'Amsterdam et de Hambourg au cours du 17ième siècle, détenant en coffre des quantités d'or équivalentes au montant de tous les reçus émis.

Le système bancaire moderne

Dans sa version moderne, le système bancaire a toutefois trouvé le moyen de contourner les contraintes de la comptabilité en partie double et de pervertir le système financier. Comme nous l'avons vu précédemment avec l'exemple de notre orfèvre, les banquiers ont cette fâcheuse tendance à toujours vouloir démultiplier les prêts dans le but d'engranger des bénéfices sous forme des intérêts perçus.

Comme une majorité de clients déposaient leur argent au guichet de la banque et que ces dépôts aboutissaient dans le coffre commun de la banque plutôt que dans des coffres individuels à la discrétion des clients, les banques ont rapidement admis que ces dépôts réalisés auprès de la banque effectués en portant à la connaissance du banquier le montant déposé constituaient des prêts librement consentis par les déposants.

Ce système s'est généralisé, notamment grâce au développement des tranfers électroniques! A ce jour, tout dépôt sur unité de compte ou en liquide auprès de la banque n'est pas considéré comme un simple dépôt, mais comme un prêt librement consenti par le déposant, et entre par conséquent dans la partie du passif du bilan, dans laquelle il constitue une dette de la banque vis-àvis de ses déposants. C'est-à-dire que les dépôts constituent désormais une source de financement pour la banque, au même titre que les capitaux propres

Il vous suffit de relire les clauses du contrat d'ouverture de compte auprès de votre banque pour vous en convaincre. A titre d'illustration, j'ai choisi le premier exemple qui m'est tombé sous la main dans le cadre d'une recherche sur Internet, celui de l'article 4.2 sur la compensation dans le cadre de l'ouverture d'un compte de dépôt, comme mentionné en page 3 des Conditions Générales par Axabanque (cf pièce jointe):

CompensationAxaBanque-1.png

 Le bilan d'une banque prend donc désormais la forme suivante:

Bilan.png

Du côté du passif, les dettes vis-à-vis des clients dépositaires font désormais partie des sources de financement, et permettent d'émettre des montants de crédits en quantité équivalente aux dépôts, dans la limite toutefois des réserves bancaires obligatoires, comme nous le verrons. On retrouve donc le mode de fonctionnement du système de notre riche orfèvre évoqué plus haut, avant qu'il ne se mette à émettre des prêts équivalents à un multiple du montant de ses réserves... en apparence seulement. 

Les banques sont donc probablement les seuls établissements autorisés à inscrire deux fois le même montant dans leur bilan, c'est-à-dire à la fois du côté du passif, mais aussi du côté de l'actif.

Le circuit bancaire

Les banques modernes étaient à l'origine, c'est-à-dire au cours du 19ième siècle et jusqu'au début du 20ième siècle des entreprise privées indépendantes et concurrentielles, certaines plus vertueuses que d'autres. Toutes accordaient des crédits bancaires sous forme liquide ou sous forme de chèques encaissables auprès de la banque, mais certains établissement émettaient des chèques pour des montants équivalents ou dépassant le montant de leur passif. 

Les débiteurs (particuliers ou entreprises) utilisaient ces chèques pour des transactions commerciales. Les acheteurs recevant ces chèques s'adressaient ensuite aux établissements bancaires pour retirer leur argent. Le mécanisme de ce système était donc le suivant:

Circulation.png

On se rend bien compte que le système fonctionne en vase clos, les créances d'une banque pouvant lui revenir sous forme de demandes de retrait. Tant que les montants des dépôts progressaient durant les périodes d'abondance, ceci permettait aux banques d'émettre toujours plus de crédits, ce qui conduisait à un boom économique généré par une abondance d'argent virtuel crée sous forme de crédit, c'est-à-dire sous forme d'argent n'existant sous aucune forme physique réelle.

Ceci ne fonctionnait toutefois que jusqu'à ce que des évènements tels que, par exemple, de mauvaises récoltes agricoles (à une époque ou cette activité occupait une majeure partie de la population active), conduisaient les déposants, en raison de la baisse de leur revenus, à retirer leur argent pour les besoins de financement de leurs dépenses courantes. Rapidement, on se rendait compte que l'argent n'était plus disponible, une première banque se retrouvait en difficulté, la rumeur se propageant, les déposants se ruaient littéralement à leur banque pour y retirer leurs dépôts, que les banques ne pouvaient en grande partie pas honorer, sauf peut-être les plus vertueuses d'entre elles. 

Toutes les paniques bancaires, à travers toutes les époques, ont toujours été provoquées par les mêmes causes: l'émission de crédit sans contrepartie tangible sous forme de capitaux propres.    

Réserves bancaires obligatoires

Pour tenter de remédier à ces problèmes, les gouvernements ont imposé aux banques de respecter un niveau réglementaire de réserves bancaires. Dans le bilan des banques, ce taux représente la fraction des dépôts clients que la banque est tenue de conserver en coffre pour faire face aux retraits de ces derniers, et qui ne peut pas être utilisée pour financer des crédits: 

TauxDeReserves.png

Ce taux réglementaire des réserves bancaires peut donner l'illusion d'une saine gestion et de la solvabilité de l'établissement bancaire qui l'applique, mais il ne change rien à la situation préexistante: les établissements emploient toujours les dépôts de leurs clients pour générer des créances. Seule une limite inférieure est imposée légalement au taux de réserve que les banques détiennent normalement même en l'absence de toute réglementation. L'imposition d'un taux réglementaire minimum ne fait que légaliser la fraude bancaire qui consiste à redistribuer les fonds de la clientèle dépositaire, autorisant ainsi les banques à créer légalement de l'argent qui n'existe pas.

Il n'est pas aisé de trouver des informations sur ces niveaux réglementaires historiques avant l'émergence du système des banques centrales moderne, mais on peut lire par exemple dans ce document de la Federal Reserve américaine qu'à l'occasion de la panique "Knickerbocker" de 1907, les premières institutions à faire faillite furent des "cartels"* New-Yorkais obéissant à des réserves de liquidité de 5%, contrairement aux banques nationales implantées à New-York, plus solides en raison d'un taux de réserves de 25% qu'elles devaient respecter (cf pièce jointe ifdp332.pdf), et qui vinrent au secours des cartels pour les sauvegarder de la faillite.

*"trusts" en anglais

La Banque Centrale

Une banque indépendante ne peut donc s'engager sur la voie des émissions de crédit illimitées sans courir le risque d'une faillite rapide. Pour cette raison, des esprits supérieurs ont imaginé que si les banques se regroupaient sous la tutelle d'une banque centrale, avec la mise en place d'un système de réserves bancaires fractionnaires, chaque banque étant tenue de déposer une partie des dépôts de ses clients sur une compte auprès de la banque centrale, ces réserves bancaires pourraient être utilisées pour venir au secours des banques en difficulté selon le schéma suivant:

Sauvegarde.png

Bien que le système de la banque centrale fut inventé en Angleterre au 17ième siècle, l'évènement le plus marquant dans l'histoire des banques centrales fut sans doute la création de la Federal Reserve (FED) américaine en 1913. Cet acte mettait donc en place un système mutualisé de réserves bancaires auprès de la FED, une banque centrale constituée par un cartel de grandes banques privées américaines, qui détenait en plus le monopôle de la création monétaire par le biais de la planche à billet.  

Bien que ce système de Banque Centrale était censé éliminer le risque de banqueroute par la garantie des dépôts des clients des établissements en difficultés, il est utile de relever à titre d'anecdote que lors de la création de la FED, le taux de réserve obligatoire des grandes banques nationales fut abaissé de 25 à 18%, l'hypothèse de base étant que si un grand nombre de banques contribuaient aux réserves déposées auprès de la banque centrale, les montants disponibles pour sauvegarder un établissement en difficulté seraient proportionellement bien plus importants que le montant des dettes de l'établissement, et donc le taux de réserves obligataires pouvait être abaissé.

Ce fut dans le contexte de la FED que l'année 1930 connut une avalanche de ruées bancaires. Cet évènement met très clairement en lumière le fait que le système d'une banque centrale n'est pas différent, en terme de solvabilité, d'un système bancaire constitué d'une seule et unique banque géante, le défaut d'une seule banque se propageant à travers le système de Banque Centrale, comme une infection virale se propage à un organisme tout entier, même si l'infection est au départ localisée au doigt d'une seule main. Dès lors, le taux des réserves mutualisées, abaissé à 18%, s'appliquait donc à l'ensemble du système de la banque centrale comme il se serait applicait à un seul établissement bancaire.  

Sauvegarde5-2.png

La planche à billet

Cette situation fut à l'origine de la suppression en 1933 du lien qui ratttachait encore à l'époque le dollar US à l'or et de l'interdiction faite aux citoyens américians de détenir de l'or physique, qu'ils durent remettre aux autorités gouvernementales en échanges de bouts de papier verts, afin de donner à la FED les coudées franches pour imprimer autant de dollars papier que nécessaire en tant que remède ultime aux situations de ruées bancaires, la FED devenant par ce biais le prêteur de dernier recours, dévalorisant le montant des défauts bancaires par l'impression d'autant de billets que nécessaire pour reconstituer les réserves des banques en faillite.

Ce système de Banque Centrale s'est ensuite répandu dans tous les pays du monde, chaque nation souveraine détenant le monopôle de la création monétaire par le biais de la presse à imprimer de sa banque centrale nationale, tandis que la devise locale devenait la seule monnaie ayant cours légal.   

Règles "prudentielles"

Pour faire face aux risques de faillites bancaires dans le système de réserves fractionaires obligatoires de la finance moderne, les autorités mondiales ont mis en place des règles prudentielles que les banques sont légalement tenues de respecter, et définies par les accords de Bâle II.

Le comité de Bâle définissait à l'origine comme exigence prudentielle le respect du ratio Cooke, qui est tout simplement le rapport entre les capitaux propres (ou fonds propres) et la dette (les dépôts des clients)

RatioCooke-1.png


Les accords de Bâle II ont ensuite complexifié les normes prudentielles de solvabilité des banques sous la forme du ratio Mc Donough, qui prend désormais en compte différents types de risques: 

RatioMcDonnough.png


Le mode de calcul complexe du ratio Mc Donough (au contraire du ratio Cooke) est tout naturellement la porte ouverte au non-respect des normes prudentielles qu'il prétend faire respecter tout en les rendant particulièrement opaques et surtout totalement incompréhensibles du commun des mortels. De plus, les critères aléatoires de détermination des risques* sont une raison suffisante au manque de pertinence du ratio McDonough.

*Des coefficients fixes s'appliquent à chaque composante, comme par exemple 15% sur les positions détenues dans les matières premières. Il est d'autre part considéré que le risque souverain n'existe pas, c'est-à-dire que des positions détenues dans des titres d'Etat sont considérées sûres à 100%. 

J'ai longtemps pensé que ce chiffre de 8% défini par les normes de Bâle était ce qui détermine le taux des réserves obligatoires des banques commerciales. Or il n'en est rien!

Si les accords de Bâle déterminent que plus le montant des dépôts de liquidités augmentent auprès d'une banque, plus celle-ci doit augmenter ses fonds propres, ils ne disent rien par contre sur la façon dont doit - ou peut - être employé cet argent, qui dès lors est utilisé pour générer des actifs sous forme de créances à des emprunteurs, processus qui fait intervenir le taux de réserves fractionnaires obligatoires applicable:

  • Bâle II défini un ratio de solvabilité dont le processus de surveillance prudentiel relève de la réglementation officielle (directive européenne transposée en droit national).
  • Les banques sont d'autrepart tenues de respecter des exigences de réserves de liquidité (ou réserves obligatoires) selon des règles établies par la banque centrale de l'autorité de tutelle.

L'activité des banques est donc réglementée (ou plutôt déréglementée comme nous allons le voir) selon des règles divergentes et dont le contrôle relève d'institutions différentes.

Le crédit de circulation

Les réserves obligatoires sont donc constituées par la fraction des dépôts des clients de la banque que cette dernière doit conserver sur un compte de réserve auprès de la banque centrale à laquelle elle est rattachée.

Les exigences de réserves ont été progressivement abaissées par l'ensemble des banques centrales mondiales. Pour ne prendre que l'exemple de la Banque Centrale Européenne (BCE), l'Article 4 de son réglement N° 1745/2003 (voir pièce jointe) définit le taux de réserves à 0% pour toutes les créances, engagements et pensions d'une durée supérieure à deux ans, et à 2% pour toutes les autres exigibilités comprises dans l'assiette des réserves, comme le confirme également le site de la banque de France.

Si donc vous déposez 1000€ dans une banque européenne, il est faux de penser que la banque va directement multiplier cet argent en prêtant un multiple de ce montant à d'autres clients emprunteurs. Non, la banque va prêter jusqu'à 98% de ces liquidités (ou 980€) à un emprunteur - entreprise ou particulier - respectant ainsi le taux de réserve obligatoire de 2% sur les comptes de dépôt. Cet emprunteur réalisera une transaction sur le marché, le vendeur recevant ce montant, qu'il déposera éventuellement à nouveau sur un compte bancaire, d'une autre banque, ou de la même banque que celle de l'acheteur.

Ce procédé se reproduira de manière récurrente au fur et à mesure que l'argent circulant retournera dans le système bancaire sous forme de dépôt, et gonflera ainsi les bilans de toutes les banques impliquées dans ce système selon le schéma suivant:

CirculationCredit.png

De là provient le terme de crédit de circulation inventé par Ludwig von Mises pour expliquer que la majeure partie de la monnaie dans le cadre d'un système de réserves bancaires fractionnaires est en fait constitué par le crédit de circulation, c'est-à-dire de la monnaie sans cesse remise en circulation à l'aide de nouveaux prêts résultants des précédents.

Si, dans l'Union Européenne, les dépots à vue et comptes à terme d'une échéance inférieure à deux ans obéissent à un taux de réserve de 2%, les comptes à terme d'une durée supérieure à deux ans ne sont par contre soumis à aucune contrainte, le taux de réserve étant de 0% dans ce cas: si donc vous déposez de l'argent sur un compte rémunéré dont le montant est bloqué pour une période de deux ans au moins, ce montant est immédiatement réutilisable et remis en circulation sans aucune contrainte. Il peut être multiplié un grand nombre de fois, d'autant plus facilement que ce type de versement est généralement dématérialisé, inscrit aux comptes de la banque sous forme électronique.

Le multiplicateur bancaire 

Le schéma précédent présente la façon dont un dépôt évolue lorsqu'il est transformé en nouvelle monnaie sous forme de crédit circulant. Il est intéressant de comprendre à quelle vitesse, et jusqu'à quel niveau peut évoluer le crédit circulant en fonction du taux des réserves bancaires obligatoires, ce que nous pouvons représenter graphiquement:

MultiplicateurBancaire.png

On observe que le multiplicateur bancaire tend vers une asymptote, c'est-à-dire vers un montant limite, qui correspond à 4 fois le montant initial pour un taux de réserve de 25%, à 10 fois pour un taux de 10%, à 40% pour un taux de réserve de 2,5%, et qui tend vers l'infini pour un taux de réserve de 0%.

Il est mathématiquement démontrable que la valeur limite vers laquelle tend le multiplicateur bancaire correspond en fait à la valeur inverse du taux de réserve 1/n :

MultiplicateurBancaire2.png

Taille des agrégats monétaires

Le crédit de circulation n'est pas une simple vue de l'esprit, comme le montre la représentation graphique de l'évolution des aggrégats monétaires en Euro selon les données disponibles sur le site de la BCE, et dont une définition est donnée ici !

MonetaryAggregatesEuro.png

La masse monétaire physique constituée de pièces et de billets (et dont une grande partie est de la monnaie circulante au sein du système économique) constitue la portion congrue du total de la monnaie existante. Pour appréhender l'impact du crédit de circulation, il faut prendre en compte l'aggrégat monétaire le plus large, constitué par M3, qui est près de 9 fois celui du montant de la base monétaire. Si mon interprétation est pertinente, l'argent est donc remis en circulation entre 8 et 9 fois par le système bancaire, pour créer plus de 8000 milliards d'euros de crédit de circulation, c'est-à-dire de monnaie virtuelle qui n'existe que par la magie du système des réserves bancaires fractionnaires.

MultiplicateurBancaire3.png

L'intérêt des banques

Pourquoi les agrégats monétaires sont-ils en perpétuelle accélération? Comme nous l'avons vu plus haut, les revenus de la banques sont essentiellement générés par les intérêts obtenus lorsque leurs créances sont remboursées. Mais comment les intérêts sont-ils payés sachant que la création du crédit ne crée pas les intérêts qui vont avec ?

C'est très simple!

Lorsque la banque (dans le sens du système bancaire) prête de l'argent (1), elle s'attend à ce que l'emprunteur utilise cet argent sur le marché dans un but de consommation ou de développement économique. Dans ce cadre, l'argent revient inévitablement vers la banque par le biais d'une transaction de marché (2). La banque inscrit dès lors cette somme à son passif sous forme de dette, et par un tour de passe-passe, ce montant moins le taux de réserve (négigeable comme nous l'avons vu) se retrouve également inscrit à l'actif de la banque. Cette opération fait gonfler le bilan de la banque dont l'importance augmente. Elle peut donc réaliser un nouveau prêt plus important que le précédent (3), qui sera utilisé à nouveau pour une transaction sur le marché dont bénéficierons les emprunteurs du cycle précédent, par exemple sous forme d'augmentation de leur salaire, de hausse du prix de leur bien hypothéqué ou des revenus de leur activité (4), ce qui leur permettra d'honorer leur dette, plus les intérêts (5).

Interest-1.gif

Les banques se financent donc sur les promesses de remboursement des emprunteurs, qui ne pourront être honorées que si le mécanisme du crédit de circulation se perpétue indéfiniment, les nouveaux crédits permettant de financer les anciens. 

Le système bancaire actuel tire donc ses profits de l'accroissement ininterrompu de l'inflation du crédit de circulation, c'est-à-dire de l'argent virtuel, qui n'existe pas. Plus les montants des crédits sont importants, plus les profits sont important, ce qui a justifié tous les excès possibles et imaginables dans le domaine de la finance moderne, excès malheureusement mépris (et méprisés) pour ceux du capitalisme, qui est - lui - au contraire basé sur le développement par l'épargne, et non par le crédit.  

Le système bancaire a poussé à son paroxysme la perversion du concept des taux d'intérêts, une variable que les prêteurs, qui ne gageaint à l'origine que leurs capitaux propres, adaptaient en fonction de critères tels que la solvabilité de l'emprunteur, la durée et le montant du prêt, pouvant être faible pour un prêt court de faible montant à un emprunteur très solvable mais devenir usurier lors d'un prêt à haut risque, dans le but de tenir les emprunteurs peu solvables à l'écart du marché du crédit.

L'intérêt n'est plus, à ce jour, compris comme la seule et unique source de revenu du créditeur pour contrebalancer le risque de défaut potentiel d'une fraction de ses débiteurs, mais comme la source de tous les profits bancaires dans une économie en perpétuelle croissance inflationniste au sein de laquelle le risque de défaut n'existe plus, faisant fi de toutes mesures de prudence vis-à-vis de la solvabilité des emprunteurs.

Manipulation des taux d'intérêts

La disponibilité surabondante du crédit conduit à des hausses de prix sectorielles d'intensité et de temporalité variables. Une bulle après l'autre, les "investissements" se déplacent de la technologie (explosion en 2000) à l'immobilier (explosion en 2005 aux USA) au pétrole (explosion en 2008) et ainsi de suite.

Dans le même temps, les prix progressant beaucoup plus vite que les revenus disponibles, les emprunteurs s'endettent donc pour des montants proportionnellement de plus en plus élevés en rapport de leurs revenus, ce qui tend à écarter progressivement du marché du crédit les revenus les plus faibles et les emprunteurs les moins solvables. Afin de rameuter ces hordes de débiteurs potentiels toujours plus nombreuses, les conditions d'octroi des crédits sont assouplies, les durées de remboursement sont allongées, tandis que les taux d'intérêts sont abaissés de manière uniforme, afin d'inciter le recours à des montants de crédit de plus en plus élevés, en contradiction totale avec la notion de risque de crédit qu'un système basé sur une monnaie tangible et l'épargne, et non pas sur une monnaie virtuelle et le crédit, permet de contrôler rationnellement.

Les banques centrales du monde entier ont donc uniformément manipulé les taux monétaires pour désinciter les participants du système économique à épargner et les amener au contraire à s'endetter pour le plus grand profit des banques, les placements monétaires devenant inattractifs en raison de leur taux de rénumération très bas, à l'image des taux monétaires du dollar US, tandis que les promesses de croissance de l'économie mondiale semblaient devoir mettre en place une hausse des prix illimitée.

FedFundRates.png

Les taux sont actuellement pratiquement équivalent à 0 en ce qui concerne le dollar US, et sont désormais très proches de ce niveau dans toutes les grandes zones économiques mondiales. Nous sommes arrivé aux limites de ce système de manipulation des taux.

Assouplissement des règles prudentielles

Nous observons toutefois sur le graphe précédent un phénomène très particulier: alors que les taux s'étaient approchés dangereusement du 0 absolu une première fois, ils se sont mis à remonter rapidement à partir du début de l'année 2004, une aubaine pour les banques. Il semblait que la reprise économique était définitivement en place et que la croissance reprenait.

L'explication à cette hausse est ailleurs: en 2004, des deux côtés de l'Atlantique, c'est-à-dire dans la Communauté Européenne, puis par ricochet aux Etats-Unis d'Amérique, les règles prudentielles s'applicant à certaines grandes banques commerciales furent assouplies. La SEC Américaine autorisa par exemple cinq grands établissement - Merril Lynch, Goldman Sachs, Lehman Brothers, Bearn Sterns et Morgan Stanley - à ramener le rapport entre leur dette et leurs capitaux propres de 12:1 à 30 ou voire même 40:1.

La conséquence sur le bilan de ces établissement fut donc la suivante:

Prudential.png

Cette modification de la réglementation fut sans doute la plus fantastique création de fausse monnaie de toute l'histoire de la finance, compte tenu du formidable réservoir de crédit de circulation et d'"investissements" financiers qu'elle autorisait en un temps record. Dans de telles conditions, l'actif bancaire n'est pratiquement plus constitué que par les créances, les immobilisations et la caisse n'ayant pratiquement plus de représentativité dans le bilan.

C'est à partir de 2004 que l'on voit M2 et M3 progresser bien plus rapidement que M1 sur le graphe présentant plus haut la taille des agrégats monétaires, sachant que les banques commerciales ne recevaient pas les dépôts des particuliers, ces dépôts étant essentiellement pris en compte dans M1 qui est constitué de la monnaie physique en circulation et des dépôts sur les comptes à vue.

L'effondrement de ces cinqs bastions historiques de la finance internationale au levier de 30 à 40:1 montre que ce système du levier bancaire ne fonctionne aussi longtemps que la contre-partie à la disponibilité des prêts est présente sous forme d'emprunteurs solvables.

Inversion de la courbe des taux

Suite à cette folle inflation du crédit de circulation à l'origine de la bulle spéculative sur les matières premières, et tandis que la FED manipulait les taux monétaires pour tenter de l'enrayer, la bulle précédente, celle de l'immobilier, était en pleine implosion. Le potentiel des acheteurs immobiliers avait été épuisé après que des conditions de crédit complètement irresponsables eut été accordées sans vérification aucune de la solvabilité des emprunteurs. L'écart entre les revenus et le prix de l'immobilier atteignait alors des sommets historiques (flèche rouge au-dessus de la courbe bleue).

PrixDesLogements.png

Les autorités financières US (et le système bancaire tout entier) étaient pris à leur propre piège: la FED optait pour le status quo en ce qui concerne les Fed Fund Rates (taux monétaires), tandis que le marché anticipait les difficultés à venir en escomptant une baisse des taux longs. Le résultat fut une inversion de la courbe des taux, ce qui signifie que les taux courts devenaient plus élevés que les taux longs. 

Les marchés venaient de dégainer l'arme fatale à l'encontre du système bancaire, puisque d'une part les échéances lointaines ne permettaient plus de rembourser les promesses de remboursement à plus court terme de la dette (c'est-à-dire des dépôts) des clients, tandis que les créances en cours ne pourraient plus être complètement honorées à l'aide de nouvelles créances, puisque ces dernières seraient émises avec des taux en baisse.  

Yieldcurve.png


Faillites bancaires en chaîne 

C'est dans ces conditions que le marché s'est retourné fin 2007, dans un phénomène de réaction en chaine de la baisse des prix des actifs, dont le mécanisme sur le bilan des banques s'avéra désastreux, car fonctionnant à l'envers en détruisant le crédit de circulation.

Un taux de défaut initialement faible sur les créances de la banque induit une baisse des profits, tandis que la baisse des marchés accélère la fonte des capitaux de la banque, et conduit à une baisse des profits dans l'économie en général. Cette situation met en difficulté un nombre croissant de débiteurs, accélérant les pertes de revenus pour la banque, qui se trouvent rapidement dans l'incapacité d'honorer le remboursement de ses dettes vis-à-vis de ses déposants, ou vis-à-vis d'autres établissements bancaires prêteurs, mettant ainsi tout le système en péril.   

Plus le levier financier est élevé, c'est-à-dire plus le ratio de solvabilité est faible, plus rapide est la banqueroute. Dans le cas d'un ratio de solvabilité de 1:30 (c'est-à-dire 3.3%) ou de 1:40 (2,5%), l'actif étant très majoritairement constitué par les créances de la banque comme nous l'avons vu, un taux de défaut des emprunteurs équivalent à ce ratio suffit pour détruire l'ensemble des capitaux propres de la banque. 

Comme le système est celui d'un système de banque centrale dont les exigences de réserves obligataires ont été pratiquement supprimées, les fonds de réserve servant aux garanties permettant de sauvegarder les banques en faillite s'épuisent très rapidement. Il s'ensuit une séquence d'insolvabilité bancaire généralisée.

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Les problèmes qui touchent les banques américaines, comme ils ont touché les banques islandaises ou celles du Royaume-Uni, vont également s'attaquer aux banques de l'Union Européenne, qui ne sont pas en meilleure situation financière malgré ce que l'on tente de nous faire croire.

Un confrère blogueur, dont je ne partage toutefois pas forcément toutes les opinions, présente dans deux articles différents1,2 le ratio µ (le rapport de solvabilité entre la dette et les capitaux propres) des établissements bancaires français suite aux prêts accordés par l'Etat français: 

 

Etablissement

ratio µ

Ratio Tier 1

Caisse d'Epargne

38,2

2,8%

Banque Populaire

23,5

4,2%

Natixis

34,6

2,9%

BNP

31,2

3,2%

Société Générale

25,6

3,9%

Crédit Agricole

34,5

2,9%

Tous ces établissements ont donc des capitaux propres extrêmement faibles en regard de leur dette, et n'ont rien à envier à Lehman Brothers ou Bear Sterns qui les ont précédés sur la voie de la banqueroute. Cette situation de solvabilité critique combinée à des réserves fractionnaires obligatoires pratiquement nulles est la voie royale vers la liquidation.

Liquidation générale

Nous ne pouvons que constater que la crise financière actuelle n'est que le début de la fin d'une époque pour le système bancaire, la finance moderne et les monnaies fiduciaires ainsi que pour le développement économique basé sur l'inflation monétaire. 

Cette fois, la situation est vraiment différente, car tandis que la masse monétaire M3 en euros (l'aggrégat monétaire en euros le plus large dont les données sont disponibles, la FED ayant quant à elle décidé de ne plus publier les chiffres de M3 pour le dollar US) continue de progresser, on observe un retournement synchrone des marchés financiers avec le ralentissement du taux de croissance de M3.

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Il est en effet parfaitement remarquable de constater que M3 est toujours en hausse d'une année sur l'autre (courbe bleue), et même en hausse prononcée, mais il a suffit que sa croissance se ralentisse (courbe verte) pour que les marchés se retournent violemment à la baisse (Indice DJI en rouge). 

Que se passera-t-il lorsque M3 inversera sa progression et se mettra à baisser?

Le système tout entier est sans doute arrivé au bout de sa logique, avec des banques sans capitaux, sans réserves, de la monnaie imaginaire, sans valeur, des prêts sans garanties, des investissements sans épargne, des emprunteurs insolvables, conséquence de l'aboutissement d'un siècle de financiarisation inflationniste du système économique tout entier pour le plus grand profit de quelques banquiers fortunés depuis l'instauration de la FED américaine en 1913.

A fin Décembre, la capitalisation totale des marchés mondiaux avait déjà fondu de 50%, alors la phase de liquidation générale du crédit de circulation n'a même pas réellement commencé, alors que celui-ci est environ 10 fois supérieur à la base monétaire, que ce soit en euros ou en dollars.

Si le crédit de circulation devait être amené à disparaitre, il n'est pas déraisonnable de penser que le prix de toute chose devrait être divisé par 10 au moins.

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Le chant du cygne  

Sur le thème « Les profits sont privés, les pertes sont publiques », les autorités financières mettent dès lors tout en oeuvre pour sauvegarder les banques de la faillites, à n'importe quel prix.

Les grands esprits qui nous gouvernent n'ont pas compris une chose: que les prix doivent baisser, que les prix vont baisser, que tous les prix vont baisser, mais alors que les salaires, les profits, la capitalisation boursière, les prix des matières premières sont en baisse, il est une seule chose qui ne baisse pas: les dépenses du gouvernement, ainsi que l'endettement et la fiscalité qui l'accompagne.

Les gouvernements se sont mis en tête, nous ont mis en tête, que croissance économique rime avec hausse des prix, alors que la croissance économique est naturellement déflationniste. La croissance dont on nous rabâche les oreilles est nominale, et non pas réelle, et pour tenter de perpétuer ce système inflationniste, lorsque la monnaie virtuelle ne suffit plus, le seul recours qui reste encore aux autorités financières est celle de la planche à billet, avec toutes les conséquences que celà implique.

 

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